Commentaires
Ineusleau 18/10/2019 08:54:33
Ah ouais, je vois, c est marrant, parce que chez Rohmer, le côté intello me dérange pas et je ne remarque pas qu il passe son temps à être en quête de la plus pure des vérités avec une demarche spécifique. C est quelque chose que je sens tout de suite chez d autres mais chez lui curieusement j arrive à trouver qu il fait des films spontanés là où il devrait être très grinçant dans leur procédé et leur acting.
Par exemple, le regard caméra dot tu parles, c est quand ils chantent la chanson sur un rafiot ? Je m en étais pas rendu compte peut être parce que c était tellement évident que ca semblait normal.

Mais je retiens pour les prochains visionnages.
Crutch 18/10/2019 10:38:11
Les regards caméras c'est plus quand ils sont sur la plage vers le début du film. Mais justement cette question de la spontanéité me perturbe parce qu'il veut avoir les deux en même temps: à la fois les fans te diront que c'est super travaillé sur la mise en scène, le cadrage et la diction, mais que mystérieusement c'est sensé aussi rendre le film spontané et quasi-documentaire: y a quand même un coté "pile je gagne, face tu perd" évident dans ce genre d'arguments.
Mordechaye 18/10/2019 11:47:24
Je trouve le cinéma de Rohmer documentaire dans sa dimension d'enregistrement des lieux, plus que des gens (encore que dans Conte d'été il y a justement les passages musicaux qui impliquent les personnages).
Melaine 18/10/2019 12:13:26
pour atteindre à une spontanéité, au cinéma, ça demande du travail. 'Suffit pas de prendre sa caméra à l'épaule et de filmer à la sauvette. Parfois ça marche mais la plupart du temps ça donne juste ce qu'on peut appeler des "effets de réel" qui ne laissent rien voir d'autres qu'eux-mêmes. Pour moi Rohmer ménage très méticuleusement l'espace d'expression d'une possible spontanéité, il se met dans les meilleures conditions pour accueillir l'inattendu. Comme Huillet et Straub, qui sont parmi les cinéastes à la méthode la plus rigoureuse (bien que le "dispositif formel" s'adapte à chaque film en fonction du sujet) mais chez qui, pourtant, il y a une respiration autonome des êtres et des choses qui a peu d'équivalent au cinéma. Même chose pour Boetticher, il façon ses plans avec beaucoup d'application en vue d'une libre expression de ce qui vit en leur sein. (etc etc, les exemples sont légion)

c'est un paradoxe mais j'aurais envie de dire, un peu pompeusement, que c'est le paradoxe de tout artMessage édité
Melaine 18/10/2019 13:46:51
par ailleurs, je me souviens de cet article plutôt chouette de Bergala, "pour en finir avec cinq idées reçues sur les films d'Eric Rohmer".
Crutch 19/10/2019 01:17:29
Y a plein de trucs qui vont pas dans cet article mais je peut me contenter de la conclusion: "On l’aura compris, le cinéma de Rohmer est une pierre de touche du bon spectateur, actuellement bien malmené par un cinéma qui lui laisse de moins en moins le loisir d’être attentif, de profiter également à chaque instant de ce qui lui est offert par le film, de goûter le film tout en partageant les plaisirs du cinéaste en train de le faire, et surtout d’être intelligent, mais d’une intelligence accueillante, joueuse, gaie, et non de l’intelligence rance de ceux qui se veulent plus malins que le film ou que ses personnages. Les films de Rohmer sont le meilleur antidote, et le plus jubilatoire, à ce qui ne va plus dans un cinéma qui a oublié ce que devrait être la nécessaire souveraineté d’une création qui n’a pas de comptes à rendre aux attentes normalisées." Un article plutôt chouette qui te dis que si tu n'aimes pas/ne comprends pas le cinéma de Rohmer, tu es un gros con. Ok vu.
Melaine 19/10/2019 04:05:56
je vois pas à quel endroit du passage cité tu peux tirer cette interprétation-là :doute:
Westen 19/10/2019 12:49:29
"du bon spectateur"
"actuellement bien malmené par un cinéma qui lui laisse de moins en moins le loisir d’être attentif"
"et surtout d’être intelligent, mais d’une intelligence accueillante, joueuse, gaie, et non de l’intelligence rance de ceux qui se veulent plus malins que le film ou que ses personnages."
"qui n’a pas de comptes à rendre aux attentes normalisées."

Ça tacle pas mal d'un coté du cinéma (sans réelle précision, ce qui est plus facile) afin de faire les éloges de l'autre, ou comment bien mettre sur un piédestal quelqu'un en piétinant les autres :hap:

Je comprends le sous-entendu que relève Crutch avec ce discours qui se rapproche de l'élitisme (dieu sait que je n'aime pas ce mot, pour une fois que je l'utilise), d'ailleurs j'imagine ça transposé dans une certaine histoire du bon et du mauvais chasseur :o))

"Les films de Rohmer sont le meilleur antidote" Celle la est bien gratiné.

Heureusement que je ne me laisse pas trop influencer par ce que je lis parce-que c'est typiquement le genre de démarche douteuse qui me ferait fuir plutôt que d'attiser ma curiosité.

Vivement que je découvre progressivement Rohmer et j'espère ne pas finir dans une team Zering.
Ineusleau 19/10/2019 13:18:01
Je pense que mon prochain Rohmer sera 4 aventures de Renette et Mirabelle, je verrai s il n a pas tendance à bouffer à tous les râteliers.
Melaine 19/10/2019 13:43:51
ouais bon y a un peu de rhétorique, certes, mais enfin franchement s'arrêter à ça... à un moment donné si le cinéma va mal 'faut le dire aussi, quitte à en passer par des formules un peu rapides (mais est-ce que ça vaut le coup de répéter à chaque texte ce qui ne va pas ? On finirait maboule, ou cynique...). Puis je vois pas le mal à prôner l'"intelligence accueillante, joueuse, gaie" plutôt que "l’intelligence rance de ceux qui se veulent plus malins que le film ou que ses personnages.". D'autant que là c'est pas "tacler un cinéma pour faire l'éloge de l'autre", c'est plutôt "faire une éloge et en profiter pour tacler un peu au passage", mais à aucun moment il ne prend les choses par la négative. Ce qu'on en retient c'est d'abord le loisir d'être attentif, l'intelligence accueillante et joueuse etc, tandis qu'il ne s'étale pas sur ce qui ne va pas, il dit juste ce qui va chez Rohmer et le prône comme une idée du cinéma louable, en déplorant au passage que la direction prise par le cinéma contemporain soit aux antipodes de cette idée-là (le texte date de la fin des années 80 me semble-t-il).

enfin bon, le texte n'est pas extraordinaire mais je le trouve appliqué et très sympathique. Et honnêtement ça me fatigue qu'on en soit encore à râler pour quelques tacles ou prises de positions affirmées, c'est comme Frémaux dans son vidéo-club de Konbini qui dit, entre autres conneries et hypocrisies que, quand même, Truffaut dans les années 50 il était un peu trop méchant et qu'heureusement à la fin de sa vie il s'est réconcilié. C'est pénible quoi, on peut pas dire "oui" à tout, à un moment donné quand le monde (et le cinéma avec) va mal comme aujourd'hui c'est la moindre des choses de dire clairement "non, je ne veux pas de ça". Mais y a une sorte d'autorité majoritaire très oppressante à l'égard de toute parole un peu déviante, comme si on n'avait pas le droit d'être contre ou de ne pas aimer...