Commentaires
mos3n 21/08/2014 18:57:33
Oui, oui, et encore oui tadanobu ! Je souscris à toutes les propositions que tu as listé !
Attention, je ne dis pas pour autant qu'il faut le faire systématiquement, je dis juste qu'il ne faut pas se l'interdire. Je regarderais bien sûr les films de Brakhage d'abord sans le son, mais dans un second temps, je m'autoriserais des ajouts.

Je ne comprends pas pourquoi tu hiérarchises ce dont on parle et ça : "Le spectateur joue déjà un rôle important dans l'interprétation de l'oeuvre, les conditions de visionnage, l'attention portée, la documentation etc..."
En quoi rajouter de la musique ou modifier les caractéristiques de l'image ne seraient-ce pas également un type d'interprétation du spectateur ?
Pour moi, la salle de cinéma est une expérience collective, mais le cinéma en soi est une expérience totalement personnelle et subjective. Dans une salle, même si tous les spectateurs regardent ensemble un même film au même moment, il ne le perçoivent pas tous de la même façon, chacun le perçoit à sa manière. Et ça, c'est sans parler de la condensation psychique qui s'opère au fil du temps après la projection...

Enfin le meilleur exemple de ma position sur ce sujet reste sans nul doute le found footage ! Qu'est-ce ? à part :
Un réalisateur qui "s'accorde le droit de modifier la bande-son d'images d'archives, et en "changer le contraste, les couleurs, le montage..."
Tu as Spark of being dans tes suggestions, quel est son statut ? Que connais-tu de l'oeuvre des réalisateurs des plans d'origines ? De leur intention ? Ce film est-il encore leur film ? Pour toi Bill Morrison dépasse-t-il les limites ? Pourquoi lui pourrait le faire et pas tout un chacun (toutes proportions gardées bien entendu...)

"Tu recadrerais une photo ?" : et comment !!
= Capitalism: Child Labor
skymen5 21/08/2014 19:16:07
Après y a une certaine différence entre faire du found footage pour créer une oeuvre, et altérer une oeuvre pour la regarder. C'est sensiblement différent.
Spark of Being est une oeuvre. Il y a une réelle intention créative et intéressante derrière. Changer la colorimétrie ou rajouter une ou plusieurs pistes sonores à un film qui ne les incluait pas de base pour le regarder, peut-on appeler cela une démarche intéressante et créative ?
Pour moi c'est comme ne pas respecter un testament. On nous "lègue" une oeuvre telle quelle, pourquoi vouloir la changer parce que l'on n'apprécie ceci ou cela pendant le visionnage ? Peut-on dire que l'on a vu l'oeuvre en question à la fin ?
tadanobu 21/08/2014 19:17:21
Ce que j'aime dans la confrontation d'idées, c'est que tout part du même matériau. Une oeuvre, la même pour tous, qui engendre différentes expériences chez le spectateur. Là c'est intéressant. Si chacun modifie l'oeuvre à sa manière, la confrontation n'a plus lieu d'être, on ne compare pas deux choses différentes. Personnaliser directement l'oeuvre donnerait un côté terriblement solitaire à l'expérience.

Que ce soit Spark ok Being ou Capitalism, c'est justement parce que le matériau de base a été modifié, sa nature changée, que l'on peut débattre sur la nouvelle oeuvre, et plus le matériau de base. La modification a entrainé une transformation, c'est une tout autre oeuvre.

Ton point de vue est intéressant cela dit.
skymen5 21/08/2014 19:26:54
*s?immisce dans le débat :hap: *
tadanobu 21/08/2014 19:44:34
Ah j'ai vu 100 courts, classe :cool: Mais il en reste toute une montagne ! :bave:
mos3n 21/08/2014 22:53:32
Oui, mais allons plus loin, si je vous propose une séance d'un Brakhage avec une bande-sonore donnée (à définir), nous le regardons chacun de notre côté, et débattons ensuite dessus (sur le film en soi, mais aussi le choix de la musique en question, et l'association des deux ? Si ça larche, ou pas, ce que ça apporte en plus, ou au contraire comme vous semblez le dire, ce que ça "altère"). Vous crieriez au scandale ? Ne serait-ce pas intéressant selon vous ? C'est pour ça que je trouvais vraiment dommage ta réponse "Le silence", point barre.
Non, discutons et proposons des alternatives, et qui sait, l'expérience en sera peut-être encore meilleure (en tout les cas différente).

Et puis franchement, la politique des auteurs à cet effet pervers que l'on surestime souvent l'aura des réalisateurs et de l'oeuvre sacrée qu'ils nous "lègue". Le cinéma est un art industriel et à l'ère de la reproductibilité, tout ça tient plus du mythe. Bien souvent, ça ne tient à rien et ce qui fait que ça marche n'est parfois même pas de leur ressort :

Barbara Meter par exemple, lorsque j'ai vu une rétro' de son oeuvre à Lussas en sa présence, elle expliquait qu'elle était une très grande admiratrice de Steve Reich, et qu'elle lui avait souvent demandé de sonoriser l'un de ses films (la plupart sont muets). C'est finalement en 1972 pour son court-métrage Portraits, qu'il accepte et conçoit de lui donner en guise d'accompagnement un de ses morceaux préexistants...elle accepte donc et l'association des deux donne naissance à l'une de ses oeuvres les plus fortes ! Pourtant elle a quelque peu subit la chose, elle n'a pas composé avec lui, Reich ne lui a pas proposé une compo' originale, elle n'a même pas pu choisir le morceaux avec lui, il lui a juste donné ce titre et point. On peut même affirmer sans s'avancer que dans l'éventualité où Steve Reich aurait refusé, le film aurait tout aussi bien pu être muet et voilà...ça tient à rien. Alors pourquoi ne pourrions pas nous aussi en faire de même ? Expérimenter nos propres propositions de BO et se les partager entre nous ? Ça peut être une idée de Topic sur le Forum : "Les meilleurs bandes-son qui n'ont jamais existées" !

Pour en revenir puis finir avec Barbara Meter, et pour couronner le tout, lors de la projo' de Portraits à Lussas en pellicule, Làcinéaste a insisté pour faire un dispositif à deux projecteurs. Le film était projeté deux fois simultanément sur le même écran, mais avec un léger décalage (cette expérience a été si marquante pour moi que je l'ai reproduite ici). Sur la fiche du film sur son site internet, elle précise d'ailleurs "Portraits 1972 | 16mm | 6 min | sound | single/double-screen projection". Ainsi, les deux images se superposent, tout comme la bande-son... Alors, je vous le demande, est-ce encore le même film ?!! Moi spectateur ayant vu le film dans ces conditions à Lussas, ai-je vu le même film que celui qui le regarde sur internet ou en DVD ?

Franchement, cette idée d'un matériau de base unique et immuable est une idée utopique. Jamais nous ne pourrons connaître exactement les intentions de base de l'auteur, en avait-t-il seulement ? Cela me fait penser à ça aussi qui est un débat parallèle sur la restauration utopique des films à leur état originel...comment définir objectivement la copie originelle d'un film comme Nosferatu ou Métropolis dont il existe des dizaines et des dizaines de versions différentes ?...j'ai bien peur qu'il n'y est aucun moyen. Mais la vraie question ce n'est pas ça, la vraie question c'est : faut-il vraiment qu'il y est une seule et unique copie originelle ? Ou n'est pas justement par sa pluralité, par la multiplicité des versions possibles, qu'une oeuvre gagne toute sa richesse...??
tadanobu 21/08/2014 23:19:12
Je n'ai rien contre le procédé de double-image utilisé par Barbara Meter. Au contraire, je trouve ça génial. Sauf que je n'aurai pas la même approche que le film original. J'adorerais faire l'expérience commune d'un Brakhage sonore avec un choix spécifique de notre part. Mais ce serait autre chose que l'original.

Le problème de la restauration que tu pointes est une réalité. Tout autant que chaque édition DVD avec ses propres choix techniques et éditoriaux. La question a déjà été aussi plus ou moins soulevée ici avec les différentes versions des films (cinéma, version longue, version TV, director's cut...). Cela dit, là où je vois une différence, la différence qui me dérange, c'est que la base reste la même pour un panel de spectateur donné. Avoir des versions publiques différentes de la version brute réalisée par l'auteur est tout de même différent d'avoir une version différente pour chaque spectateur. Si, d'un point de vue théorique, je trouve cela fascinant, cela change totalement l'esprit d'échange. Dans ce cas, je ne verrais pas l'utilité d'un site comme CL. Ce serait un peu :
"- Hier, j'ai mangé un hachis parmentier, c'était bon.
- Moi j'ai bu un rosé qui n'était pas terrible."

Sans juger à partir du même matériau, l'échange est unilatéral. Pour moi, un échange, une comparaison, doivent se baser sur un matériau de base similaire. C'est cela plus que l'altération de l'oeuvre en elle-même que je redoute. Il y a déjà suffisamment de différences entre les versions des films (VO/VF, director's cut...), les conditions (cinéma/maison/autre), la technique (pellicule, BR, SD rip, streaming...). Laisser chaque spectateur modifier le film "brut" (son/image) à sa guise sera une étape de trop, bien qu'évidemment fascinante.

Si tel était le cas, il faudrait complètement revoir le système d'échange, chacun présentant et justifiant les apports effectués. Chose (encore une fois) absolument passionnante, mais totalement différente de ce que nous faisons actuellement.
mos3n 22/08/2014 00:49:27
Et bien si, car de mon point de vue, on pourrait alors se dire :
"- Hier, j'ai mangé un hachis parmentier, c'était bon.
- Moi j'ai mangé un hachis parmentier, et je l'ai agrémenté d'un bon rosé, c'était encore meilleur."

Si tu préfères, la matière première est la même, mais la recette est différente. Du coup, c'est le goût qui évolue, on découvre d'autres saveurs par association. Mais il ne change pas du tout au tout pour autant. Même si je bois un rosé avec mon hachis parmentier, j'ai quand même bel et bien mangé le même plat que toi.
tadanobu 26/12/2015 21:58:20
107 courts vus pour un seul et même réal, record à battre :-)

Ce ne sont pas les oeuvres qui manquent !

Pour ceux qui voudraient se jeter à l'eau, je recommande franchement I take these truths, découvert à l'instant. Absolument somptueux !
mos3n 18/09/2016 15:48:46
tadanobu Je viens de faire l'acquisition de cette petite merveille. Je vais enfin pouvoir me lancer dans la découverte de cette oeuvre fleuve !