Harmony Korine KG

Commentaires
Waho 12/07/2013 11:49:09
Va voir du côté d'orouët si j'y suis :hap:
Harron 12/08/2013 23:50:17
Je me permet de C/C ce que j'avais posté sur JVC, ça peut toujours servir, on ne sait jamais, et peut être lancer une discussion sur ce réalisateur !


Bref résumé du cinéma de ce grand réalisateur et scénariste américain. Il y a tant de choses à dire, j'ai essayé d'être assez concis, passant plusieurs thèmes et aspects de son cinéma sous silence. Né en 1973, il fait ses premiers pas au cinéma par la grande porte, en tant que scénariste de Kids de Larry Clark (dans lequel il jouera également un rôle.)

Cela lui permet de se faire un nom, et de financer son premier long-métrage, Gummo. Dès lors, Korine offre sa vision du cinéma par une oeuvre très crue, dérangeante, malsaine, qui hante le spectateur souvent pris à dépourvu par le réalisateur. Celui-ci expérimente, innove, n'hésite pas à inclure des passages en 8mm, à jouer sur les filtres et à proposer un montage très expérimental, à l'instar de Godard qu'il citera clairement comme source d'inspiration majeure. Chaque scène semble être traité par Korine de manière indépendante, seules les rattachent cette capacité à surprendre, à trouver de la poésie dans l'horreur, et cette ambiance cauchemardesque qui hante toute l'oeuvre.

Deux ans après, Korine s'attaque à Julien Donkey-Boy. Ce film, tourné selon le Dogme95 fondé par Vinterberg et Lars Von Trier, est à mes yeux le meilleur du réalisateur et l'un des futur monument du cinéma américain. On retrouve dans ce film cet attachement, ce regard posé sans mépris ni complaisance malsaine sur les personnages, procédé auquel Korine restera fidèle durant toute sa filmographie (jusqu'à aujourd'hui.). Korine ne juge pas ses personnages, du schizophrène au quotidien misérable et crasseux, aux héroïnes perdues et extrémistes de Spring Breakers, il ne se permet pas de porter de jugement et efface toute subjectivité. Ainsi, l'attachement viendra d'une réalisation offrant de multiples moment de grâce perdues dans un film à l'image sale, terne, et finalement d'une beauté inouie. Dès lors, il est difficile de ne pas considérer Korine comme un des maîtres du cinéma avant-gardiste américain, après Gummo qui gagne d'années en années son statut de film culte.

Dans les années qui suivirent, Korine délaissa la réalisation cinématographique, pour écrire le scénario de l'excellent Ken Park de Larry Clark, mais aussi pour réaliser des clips musicaux, notamment pour Sonic Youth. Il revient au cinéma en 2007, et dans la foulée, réalisa deux films qui ne renouèrent pas avec le relatif succès critique et public de Gummo et JDB. Mister Lonely et Trash Humpers, ce dernier plus encore que les autres, creusent encore l'expérimentation cinématographique propre à Korine. Si Mister Lonely m'a moins convaincu que le reste de sa filmographie, il n'en demeure pas moins un film à voir, un film dans lequel le temps n'existe plus, où se croise Marilyn Monroe, Michael Jackson, Le Petit Chaperon Rouge, joués par des noms d'exception comme Herzog, Carax ou Denis Lavant, dans des scènes d'une ingéniosité folle, et toujours cette poésie absurde chère à Korine, qui transparait dans chacun de ses plans, que ce soit le cadavre d'une vâche dans Gummo ou la danse des armes sur du Britney Spears dans Spring Breakers. Un cinéma d'idée qui atteindra son paroxysme dans le décrié Trash Humpers. Celui-ci est l'un des films les plus "sales", les plus impurs que j'ai vu. Egalement l'un des plus effayants. Sans spoilers, plusieurs scènes me sont restées dans la tête au point d'en être presque malade. C'est un film à voir, une expérience à tenter, une sorte d'Eraserhead non censuré, Korine va jusqu'au bout et ne nous cache rien, on est dans la peau d'un voyeur absolu et si cela peut déranger, la réalisation et les idées sont indéniablement géniales.

En 2012, Harmony Korine se lance dans la réalisation de Spring Breakers, un film ultra-générationnel mixant du Skrillex et du Spears sur des images très stylisés, avec Selena Gomez et Vanessa Hudgens devant la caméra. Si le projet semble en total décalage avec la filmographie de son auteur, il s'avère qu'il s'agit finalement d'un concentré de toutes ses idées de réalisation, un film dans lequel on retrouve son style à chaque image, sa façon de mettre en scène la débauche des Spring Breaks sans porter un seul jugement sur ses personnages. S'il les présente insouciants, extrémistes, presque maladifs, il colle aux corps de ses personnages, les filme à hauteur de visage, et sa réalisation montre pour cette jeunesse la même passion que pour Julien ou les tueurs de chat de Gummo. Moins glauque, moins extrémiste que Trash Humpers ou JDB, Spring Breakers est fait de la même poésie décalé, qui atteindra le sublime lors d'une séquence au piano entre ce rappeur amoureux, perdu, et ces trois filles presque folles, une séquence d'une beauté pure, qui met en image en 3 minutes toute la pensée que Korine développe par ses oeuvres depuis des années. Perdu au milieu de ce trip ultra-sensoriel, accentué par la photo du génial Benoit Debie, le spectateur n'a plus de repère, et Korine prends plaisir à ne pas lui offrir ce qu'il attendait. C'est cette recherche de l'imprévu qui rend son cinéma si fascinant, cette capacité à surprendre, au point qu'il est impossible de deviner de quoi sera fait la scène suivante.

Le cinéma de Korine peut être décrit en deux mots. Rêve, et Cauchemar. On y retrouve toute la poésie macabre des songes, toute l'horreur explicite qui les hante, il offre l'impossible au spectateur, il lui montre une nouvelle forme de beauté visuelle semblant sortie d'un poème Baudelairien, ou comment le laid (car Gummo, Trash Humpers, sont d'une laideur atroce) peut devenir aussi fascinant que la plus belle des peintures romantique. Un grand réalisateur, à n'en pas douter, sans doute l'un des plus importants de ces dernières années, qui, à l'instar de Gaspard Noé ou Nicolas Winding Refn, fait partie de ceux qui semblent considerer un film comme une expérience plutôt qu'un objet d'art. Le dernier murmure de Franco dans Spring Breakers, "it seems like a dream", est peut-être la plus véritable définition du cinéma de son auteur.
Zsasz 13/08/2013 00:45:13
Comme c'est beau ce que tu as écrit sur ce réalisateur :snif:
Comme je suis d'accord avec toi mais comme j'aurais aimé ne pas te voir dire c'est mon préféré dans une telle déclaration d'amour qui pour moi n'a pas sa place ici.
Bref tu devrais faire critique :ok:
Sinon le début de ton dernier paragraphe est génial, je m'en servirais également pour VII puisque c'est un parfait résumé de sa discographie (HS mais en lisant ça c'est la première personne à laquel j'ai pensé ce mec m'a vraiment marqué)
Zsasz 13/08/2013 00:48:32
Ah et j'ai oublié d'en parler mais tu devrais voir ses courts et notamment le génialissime umshimi wam qui est un genre de trash humpers en plus court mais en bien plus beau.
Harron 13/08/2013 10:57:02
Aha, c'est prévu !
J'veux pas faire de critiques, juste parler d'un réalisateur que j'apprécie et qui m'intéresse énormément. J'aurais pu creuser ses thèmes et son cinéma, je vais peut-être le faire prochainement, son lien avec le cinéma de Malick me semble très intéressant, j'me pencherais sur le rapprochement !
Zsasz 02/09/2013 20:49:59
C'est normal qu'il ait moins de courts qu'avant?
LuapoxX 02/09/2013 21:19:11
Non, on a perdu Gold of the Celling :question:
lucasgf 02/09/2013 21:30:08
@LuapoxX

Ahh oui :/...
LuapoxX 02/09/2013 21:44:05
La notif a pas marché.

Comme d'hab j'ai envie de dire !
On va se plaindre ! :bave:
Walden 08/02/2014 19:34:40
Ça serait cool de changer la photo. Elle est vraiment moche celle-là :hap: