Juste la fin du monde

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Commentaires
Clyde 30/09/2016 23:26:42
Si les acteurs ne sont pas mauvais, j'ai trouvé les personnages bien trop excessifs dans leur caractère respectif pour que je croie vraiment aux situations, surtout Ulliel et Cassel. La faiblesse se trouve principalement dans l'écriture, très peu subtile, qui fait que le tout sonne faux. Impossible de comprendre les motivations des personnages ou de s'y attacher, l'émotion ne prend pas alors que le sujet du film s'y prêtait, la dernière scène qui se veut bouleversante tournant presque au ridicule.
Quelques bonnes idées de mise en scène, notamment sur les jeux de regards, d'autres moins bonnes avec ces passages et flashbacks musicaux totalement à contre-courant avec l'ambiance fermée et froide du film.
Un de ses moins bons films pour moi.
Tchitchoball 06/10/2016 12:51:16
Petite déception pour ma part ce dernier Dolan. La mise en scène à base de gros plans successifs sur des visages étouffe et fatigue le spectateur. C'est certainement souhaité puisque l'on est dans un huis clos (mauvaise gestion de l'espace dans la maison ceci dit), mais il n'empêche que le cinéma percutant et agressif du réalisateur devient vite gonflant avec ces longues focales. Je n'aime pas trop le personnage campé par Gaspard Ulliel de surcroît.
Et puis, on retrouve quelques fulgurances (les regards sur le canapé entre Cotillard et Ulliel, l'étreinte entre l'enfant et sa mère dans la remise, le monologue de Cassel dans la voiture) preuves d'un talent indéniable. Dommage que l'ensemble ne soit pas de cet acabit.
Enfin, il est grand temps que Xavier Dolan s'écarte de ses sujets de prédilection à mon sens, afin de se renouveler et d'éviter de tomber maladroitement dans l'auto-citation. Dragosta din tei fonctionne presque dans la cuisine malgré l'écho de Mommy trop récent, pour ensuite déboucher sur une scène terriblement et artificielle et grotesque à mon sens. En fait, je préférerai le voir se planter sur de nouveaux projets ambitieux et éclectiques que de le voir se ramollir dans son style sans jamais l'égaler.
Melaine 07/10/2016 23:35:24
Bon alors comme plusieurs personnes ici je suis sorti de la séance en étant partagé, et c'était un peu fouillis dans ma tête, alors je vais énumérer pèle-mêle quelques points positifs et négatifs, de façon très bordélique et sans me relire :

Points positifs :

- C'était prenant. Bon c'est pas vraiment quelque chose qui importe, mais malgré tous les défauts j'ai été captivé de bout en bout.

- Toutes ces histoires de non-dits familiaux ça m'a parlé.

- J'aime la liberté de Dolan. Cette façon qu'il a de faire du cinéma comme il souhaite, avec des ralentis sur Dalida s'il a envie, avec un format 1:1 s'il a envie, avec que des gros plans s'il a envie... C'est quelque chose que je trouve très appréciable dans un "cinéma d'auteur" (au sens durendalien du terme) qui semble de plus en plus calibré pour les festivals.

Points négatifs :

- Les personnages. Ceux joués par Cassel et Cotillard, notamment, sont exagérément écrits. On n'est pas tout à fait dans la caricature, mais on n'est pas tout à fait dans le vrai non plus. Leurs attitudes et réactions manquent parfois clairement de crédibilité, c'est too much.

- La structure. S'il est un point sur lequel il n'est vraiment pas parvenu à se détacher du théâtre, c'est vraiment celui-ci. On assiste à un enchaînement de scènes, sans réellement de liens propres à la forme cinématographique. J'ai trouvé ça vraiment catastrophique de ce point de vue-là.

- La musique. Autant ses scènes clipesques ne me dérangent pas, je crois même que je les aime, car ça renvoie à ce que je disais sur la liberté que prend Dolan, d'autant plus que c'est fait avec de plus en plus d'autodérision au fil des films, autant la musique "de fond" utilisée dans le film est vraiment en trop. Elle ne sert absolument à rien si ce n'est à appuyer l'émotion, qui n'a pas besoin d'être appuyée.

- Les gros plans. Pour revenir sur la petite discussion qu'on avait eu concernant les gros plans, le problème n'est pas de multiplier les gros plans, Dreyer et Pasolini ont réalisé des films absolument merveilleux de cette manière-là. Le problème, c'est qu'ici c'est fait avec grossièreté. Bon déjà l'impression que j'ai eu c'est que Dolan voulait nous crier haut et fort « je fais du cinéma les gars, pas du théâtre filmé ! Vous avez vu, les gros plans c'est pas possible au théâtre !», mais bon ça ce n'est qu'une impression et je ne vais pas spéculer là-dessus. Le soucis, c'est la forme que prennent ces gros plans, et leur place au montage. Pourquoi Dolan se sent-il obligé de tout sur-esthétiser ? Pourquoi rajoute-il du flou autour, pourquoi s'approche-t-il autant des visages ? Je me demande si ce n'est pas une crainte, comme s'il avait peur que ça ne fonctionne pas, alors il rajoute des couches supplémentaires. Sauf que c'est trop. Il parlait, dans une interview, de la liberté accordée aux acteurs, mais cette liberté on ne la sent absolument pas ici. S'il avait réussi à capter cette liberté, ça aurait pu être très beau, surtout dans un film qui parle -en partie- de l'enfermement sur soi-même. Mais non, il veut absolument montrer cet enfermement, et s'enferme donc lui-même dans un systématisme qui lui est fatal. A trop montrer il oublie de capter, de laisser vivre. Car là qu'est-ce qu'il fait avec sa mise en scène ? Il figure ce qui est déjà présent dans le texte et dans le jeu des acteurs. Il rajoute une couche par-dessus quelque chose qui était déjà bien visible, et rend donc sa mise en scène superflue. C'est paradoxal, pour quelqu'un qui voulait éviter le théâtre filmé, de n'utiliser sa caméra que pour appuyer le texte, la rendant donc totalement inutile.

Donc voilà, globalement je n'ai pas vraiment aimé en fait. :(Message édité
Mordechaye 08/10/2016 11:28:50
Je suis assez d'accord pour dire que Dolan peine à s'écarter du theâtre mais en même temps je n'ai pas senti qu'il en avait spécialement l'intention (et d'ailleurs dans l'itw des Cahiers je crois qu'il le dit assez explicitement mais je peux me tromper) et je vais même aller plus loin, je n'ai pas l'impression que ce soit spécialement un problème parce qu'il contourne un peu la chose . Finalement je trouve le dispositif de filmage assez percutant pour nous faire oublier qu'on adapte une pièce de théâtre. C'est artificiel si tu veux ( en même temps le cinéma de Dolan à bien des égards c'est l'artificialité même) mais c'est un parti pris que je trouve mine de rien assez bien senti, ça agresse le spectateur lors des premières scènes mais on s'y habitue vite (comme le 1:1 dans Mommy, qui était aussi un parti pris très artificiel ) et on l'accepte pour ce que c'est. Ce que je veux dire c'est qu'un film de Dolan c'est toujours l'acceptation plus ou moins consciente de faiblesses dans ses parti-pris. Mais ce que je trouve beau c'est qu'il puisse créer à partir de ces bases chancelantes quelque chose qui poursuit indéniablement le spectateur en sortant de la salle.

Et là indéniablement c'est peut être encore plus chancelant que d'habitude (parce que film à "performance", parce que crétineries dolaniennes) mais je trouve qu'il y a malgré tout une sorte d'épure vraiment bienvenue qu'on retrouvait par exemple dans Tom à la ferme, sauf qu'ici il y a l'unité de lieu étouffante (enfin presque) qui joue en faveur du film et qui du coup resserre encore l'intrigue, lui évite le ventre mou dont souffrait Tom. C'est pour ça qu'à mon sens l'expression de Blondin ("beau film imparfait") résume à merveille le dernier Dolan parce qu'il se dégage du machin quelque chose, malgré la superficialité semi-consciente qui le porte, malgré Seydoux peu convaincante, malgré Cassel (pas mauvais mais sans surprises), quelque chose dans les regards entre Ulliel et Cotillard, quelque chose dans la structure du film (que je trouve assez justement transposé pour le coup, c'est absolument pas anti-cinéma cette façon d'isoler les discours dans chaque lieu, ça participe aussi de la sensation d'étouffement) et dans le verbe de Lagarce qui rend compte justement de cette impossibilité de vivre des personnages, tout engoncés qu'ils sont dane leurs non-dits familiaux.

Tu dis qu'il ne laisse pas vivre mais je ne pense pas qu'il en ait eu l'intention finalement (je n'ai pas souvenir d'avoir lu ce que tu mentionnes sur la liberté laissée aux acteurs, pour moi c'est clair qu'ils s'en sert plutôt pour mettre en place son jeu de massacre, pas pour leur laisser une quelconque liberté).
Melaine 08/10/2016 13:09:24
Là où je ne suis pas d'accord avec toi, c'est concernant l'épure. Je trouve au contraire que c'est son film le plus maniéré (bon il y a Les Amours Imaginaires mais c'était plus assumé et mieux géré qu'ici à mon sens). Et c'est justement ce que je reproche, ça manque de pureté, de simplicité. Du coup par rapport au fait que Dolan n'ait pas voulu trop s'écarter du théâtre (je l'ai lu aussi dans les Cahiers) c'est quelque chose qu'il dit mais ce n'est pas vérifiable dans le film, il y a beaucoup trop d'effets (qui sont pourtant, pour la plupart, superflus). Et c'est là que ça rejoint cette idée de liberté accordée aux acteurs (je crois qu'il en parle dans l'interview cannoise). Evidemment qu'il cherche à créer une atmosphère étouffante, mais il en oublie de capter la vie chez les acteurs. Ce n'est pas parce qu'on les étouffe qu'ils doivent ne pas être vivants. Regarde La Passion de Jeanne d'Arc, le procédé est semblable, Jeanne est oppressé, mais elle est pleine de vie, ça transparaît à chaque gros plan, car Dreyer est dans la captation et pas dans la démonstration.

Et le film avait été prenant sur le coup, mais rien qu'aujourd'hui (le lendemain donc), je n'ai plus le souvenir que des procédés, donc d'un film en toc.
Mordechaye 08/10/2016 19:06:04
J'avoue que j'ai assez vite évacué de ma mémoire les effets de manche que tu soulignes, je vais avoir bien du mal à en parler du coup. Alors peut-être que c'est moi qui garde une image assez idéalisée du film mais j'ai pourtant souvenir de m'être dit dès la sortie de la salle qu'il y avait dans le film plus de retenue qu'à l'accoutumée et que j'avais trouvé ça assez salvateur...même si le film reste plein de défauts :hap: . Mais pour le coup je ne te suis pas forcément sur cette histoire de vie non captée non plus, enfin ça me semble évident que Dolan c'est pas Dreyer mais le contexte n'est pas vraiment similaire non plus alors je trouve la comparaison assez peu pertinente finalement. Enfin malgré la parenté avec le théâtre les buts visés ne me semblent pas les mêmes, ni les moyens d'y parvenir :hap: .
Defieur 30/01/2017 20:38:48
Tout le monde surjoue comme des cochons (surtout Cassel et Cotillard), les dialogues sont juste lourds, vulgaires et indigestes, les procédés de mise en scène sont absolument pas subtiles et contre-productifs (des gros plans pour montrer l'enfermement ...), les choix musicaux sont douteux, le film est sur-esthétisé.
Dans la forme, c'est juste immature quoi.

Malgré tout, je suis indécis mais je n'ai pas détesté, c'est vraiment curieux. :hap:

C'est comme ça chez tous les Dolan ? Ou c'est moins immature et plus réfléchi sur la forme (dialogues, interprétations, mise en scène, montage...) dans Mommy par exemple ?
Tchitchoball 31/01/2017 00:02:21
Tu retrouveras le même type de jeu hystérique chez les acteurs de Dolan avec des dialogues assez crûs, c'est un peu sa patte si j'ose dire. Après, Mommy c'est clairement son film le plus maîtrisé à mon sens (et pour beaucoup), et si tu te laisses embarquer par les acteurs dans le tourbillon d'émotions prévu au programme, tu risque de fortement apprécier.
Ineusleau 13/03/2020 00:59:54

Je me demande si Xavier Dolan ne devrait pas juste arrêter de faire lui-même le montage. C'est vraiment très rigide. La séquence entre le héros et sa mère devient ridicule par exemple quand on arrive sur un plan avec les deux personnages où on a l'impression de voir des mauvais acteurs figés sur place en train de réciter leur texte. Il sait diriger ses acteurs en gros plans mais se révèle hyper défaillant pour les faire évoluer dans l'espace, ça se ressent au montage, aux abus d'amorce, au manque de cohérence et de rythme et aux symboles profondément mal fait, avec ce coucou très mal filmé et intégré.


Le film est vraiment très mauvais, mais c'est intéressant de comprendre comment il y a des bons choix de mise en scènes, mais aussi énormément d'auto-sabotage, à partir de quel moment je trouve qu'il y a de l'émotion et à partir de quel moment je trouve qu'elle s'envole parce que le plan dure trop longtemps, parce que c'est souvent monté comme un clip fait à l'improviste, parce que le rythme n'est pas là. 


Par exemple quand le héros attend dehors en suant, je trouve ça extrêmement raté, il n'y a pas d'accumulation, ça fait comme un boost de rythme totalement artificiel. 

Par contre, c'est plus intéressant après l'explosion avec cette lumière jaune totalement gratuit, mais sans travail d'espace et de formes et surtout sans réelle qualité de narration. Ce qui est censé être un point d'orgue sur le développement de chaque personnage ressemble plus à une scène d'intro, tout ce qui a été présenté avant ne participe pas à rendre le final poignant. Par exemple, Cassel avec son énervement et son côté d'incompris, le final suffit à présenter le personnage, mais il ne suffit pas à le révéler, à le renverser ou à le magnifier par rapport à tout son développement avant dans le film. 


Voilà. Et son utilisation d'O-zone est nulle, il avait fait mieux avec Bang Bang dans Les amours imaginaires (que je déteste largement plus que ce film qui m'a au final peu agacé). Ca n'atteint pas la puissance du tube de Céline Dion dans Pauline s'arrache, ni Rihanna dans Bande de fille (malgré toute mon antipathie pour Sciamma).