Petite fille

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Commentaires
Jauja 03/12/2020 23:49:19

C'est disponible sur Arte.tv jusqu'au 30/01/2021 !

Un petit coup de youtube-dl si vous pensez que vous n'aurez pas le temps. :ok:

Message édité
GreyWind 26/12/2020 19:42:06

Suis gêné, profondément gêné par ce film. Pas pour l'histoire de cette petite fille prisonnière de son corps, ca ne me regarde pas et relève de l'intime. Mais ce film n'est pas intimiste (ou pas seulement), il est politique et je suis gêné de voir un film faire d'une petite fille de 7 ans, une parure pour un combat politique. 


Dans le film Sasha n'existe pas, elle n'a aucune existence propre. Sa mère prend constamment le dessus et jamais j'ai eu l'impression d'entendre Sasha, que je l'ai jamais vu. C'est le combat pour qu'elle puisse vivre qui prend le dessus et pas sa vie. Je ne dis pas que ce n'est pas important, je me demande si on doit l'exposer aux yeux du monde entier ? Car elle est désormais une image du combat contre la transphobie et elle sera peut-être utilisée dans ce but, que ce soit en bien ou mal. Je me souviens d'un passage à l'emission Quotidien d'un enfant dans le même cas et de comment ca avait fais parler en bien et en mal, mais j'ai l'impression que l'enfant est toujours exclu de cette considération. Quand la mère de Sasha parle à la fin que Sasha a une mission, aider à faire changer les mentalités. Mais quel fardeau pour un enfant en pleine construction. On parle un peu des possibilités à l'adolescence pour elle et du caractère irréversible de certaines actions. Mais on ne parle pas de l'irréversibilité de ce film, Sasha est exposée et ne pourra plus rien faire contre ca. Peu importe les choix qu'elle fera, elle aura cette image. 

Je me demande vraiment si c'était un bon choix de diffuser ce film alors qu'elle est si jeune et qu'elle n'a probablement pas conscience des conséquences. Elle veut juste vivre tranquillement mais j'ai l'impression que le film lui refuse. Et je trouve ca triste pour elle. 

On peut traiter de ce sujet, mais plus par la fiction (Tomboy est un bon exemple), et si ca passe par le documentaire, n'exposez pas des enfants qui n'ont rien demandé

Jauja 26/12/2020 20:16:33

Globalement je ne suis pas d'accord avec ce que tu dis.

Mordechaye 21/01/2021 23:46:30

VentGris> Tu poses une question intéressante à laquelle il est difficile de répondre à mon avis. Pour moi Sasha existe dans ses moments de vie captés mais aussi (surtout) dans ses silences, ses attitudes lors des rencontres avec la psychiatre qui en disent beaucoup (paradoxalement) sur ce qu'elle ressent. Mais toute la difficulté c'est que c'est une enfant qui s'exprime peu, et mal, donc il est compliqué de la faire exister par la parole. Après c'est sûr que le film passe beaucoup de temps sur les adultes mais ça n'invisibilise pas pour autant Sasha à mon avis.


Pour ma part,je n'ai pas du tout un problème de fond avec le film comme VentGris mais plutôt de forme. Ce qui me gêne c'est que c'est filmé et "esthétisé" comme une fiction. Le réalisateur compose beaucoup son image et je trouve que le dispositif est un peu déplacé, essaye d'en faire trop alors que l'histoire et les gens qu'il a entre les mains suffisent.


J'ai raté Adolescentes en salles cette année mais j'imagine que le dispositif filmique est assez similaire ?

Jauja 22/01/2021 00:32:29

📢Mordechaye Comme toi j'avais raté Adolescentes au cinéma, je l'ai vu l'autre jour et effectivement je trouve aussi que c'est un documentaire filmé comme une fiction. Enfin le sujet n'a rien à voir avec Petite fille, mais je dirais que ça passe mieux dans Adolescentes. Si tu le vois tu nous diras.

Mordechaye 22/01/2021 08:37:15

Je sais pas si c'est déjà sorti en vod.


Sinon Melaine , 3 ?

Message édité
Melaine 05/03/2021 17:42:20

📢Mordechaye Désolé pour le temps écoulé entre ta question et ma réponse, j'avais vu passer ton message puis l'avais oublié, et n'y ai repensé qu'aujourd'hui, par hasard.

Pendant que je le regardais, Petite fille a eu sur moi un certain effet (les larmes débordantes que la mère peine à contenir du début à la fin m'ont par moments contaminé), mais quelque chose me dérangeait, dans la façon même dont cette émotion afflue comme dans le déploiement plus général du film. Dès le lendemain, j'avais déjà le sentiment de plus en plus vif d'avoir été piégé, et très vite la gêne a pris le dessus sur le reste dans mon appréciation. Je crois que plusieurs problèmes se posent dans le regard que porte Lifshitz sur son sujet : l'un d'eux, source à la fois de mon émotion (illusoire) et de ma gêne, tient dans la façon qu'il a de baliser le chemin, prenant mille et unes précautions jusqu'à ce qu'à tel moment on ne puisse plus que verser une larme et à tel autre gronder d'indignation. Ce dirigisme des affects, on peut le lire aussi en interview, quand il parle comme s'il avait un savoir omnipotent sur la psychologie de chacun des êtres qu'il a filmé. Il prétend, et croit sans doute très sincèrement, s'être placé "à leur hauteur", mais il me semble que cette prétention-là ne peut mener qu'à la démagogie, dans la mesure où elle part du principe qu'il existe une différence de hauteur (plutôt que de distance) entre lui et "cette famille", "cette petite fille". Seulement j'ai le sentiment - en germe à la vue du film, renforcé par la suite grâce au recul du temps -, que Sasha n'est considérée qu'à travers des yeux de parents, que le film lui-même s'adresse à des parents, avec une volonté à peine voilée de rassurer.

Rassurer, c'est-à-dire aussi dire au spectateur quelque chose comme "ce n'est pas si grave", ou le fameux "c'est normal" que l'on entend souvent quand il s'agit de se défendre contre la discrimination. Ainsi tout le film, dès son titre, se construit-il autour d'une injonction à la normalité, afin de nous prouver que Sacha est une petite fille comme les autres : elle danse, porte du rose, joue aux barbies... Les scènes nous le montrant sont d'ailleurs souvent d'un volontarisme embarrassant, on n'y voit que des cases cochées dans lesquelles la vie peine à s'immiscer. Ce qu'il y a de problématique dans cette entreprise, c'est déjà précisément qu'il s'agit d'une entreprise (tout le montage allant moins vers la découverte de rapports que le cinéma révélerait qu'il ne circonscrit et n'encadre des idées déjà toutes faites à propos de son sujet), mais c'est aussi qu'il prend le parti de la norme, ou d'une norme possible, alors même qu'on aurait pu espérer d'un tel film qu'il tente d'y résister. Cette formule, "c'est normal", qui revient si souvent, peut être rassurante mais ne s'avère pas juste : se sentir fille alors qu'on a été assignée garçon à la naissance, ce n'est pas normal. C'est précisément pour cela que la norme instituée lui fait subir de telles violences (du reste la seule belle scène du film, selon moi, est celle du cours de danse, où l'on voit Sasha se tenir seule à l'arrière du groupe dans un costume de garçon qu'on lui a imposée), mais la lutte à mener ne devrait pas conduire à "rentrer dans le moule" (ce que fait le film en effaçant consciencieusement toute trace d'étrangeté), mais plutôt à revendiquer le droit de sortir de la norme sans être violenté.e.

Après, on a pu dire que c'était un "film important", que c'était bien qu'il ait été si vu à la télé... Je ne sais jamais trop quoi penser de ça, d'autant qu'il est presque impossible de mesurer l'effet véritable que peut avoir une œuvre sur son public (puis également qu'il y a toujours dans de telles félicitations une forme de condescendance : nous, les éveillés, sommes heureux que ce film existe pour les éduquer). Mais j'ai quand même des doutes quant à son "importance" dans la mesure où le regard me semble toujours infinement plus "impactant" que le sujet sur lequel il se pose, et ici je ne vois rien ni de juste ni de nouveau (ni même d'encourageant) dans la façon dont ce sujet est regardé. (quant à la question du souci pour une communauté d'être représentée, sans aller jusqu'à la poser je peux simplement dire que deux de mes amies sont trans, et chacune a detesté le film)

Mordechaye 16/03/2021 19:02:40

Je souscris en tout point à ce que tu dis (à part peut-être sur l'absence de Sasha encore une fois qui existe malgré tout) donc je suis bien embêté. Je pense que ce qui me gêne dans la forme est finalement une illustration des problèmes de fond que tu soulèves. Le film apparaît du coup trop calculé,cherchant absolument à viser juste.