[Interview] blazcowicz - Le dernier des géants


Par Lt-Schaffer - Le 13/01/2017

Arnaud, alias blazcowicz sur Cinelounge, souffle aujourd'hui ses 28 bougies. Pas rien ! C'est l'occasion d'une petite interview, afin de revenir sur un membre important de la communauté Cinelounge, administrateur du site et cinéphile comme on l'aime !

A noter que cette interview a été réalisée sur Skype, il s'agit donc là de la retranscription de l'entretien.


Posons les bases : blazco, quel âge as-tu, où vis-tu, dans quoi travailles-tu, quel a été ton parcours ?

J’ai 27 ans, 28 quand ça sera publié, je suis né à Toulouse et j’y vis actuellement. Pour donner un peu d’infos sur ma famille, ses origines sont principalement en Auvergne, du coup je connais pas mal la campagne et j’en suis plutôt amateur, sans vouloir y vivre. Mais je trouve que c’est appréciable d’avoir une certaine culture du terroir et de la nature, en tout cas mes parents nous ont toujours sensibilisés à ça, ils ne sont pas trop citadins. C’est d’ailleurs pour ça qu’en 1998 (juste après la Coupe du Monde, ça rajeunit pas), nous avons déménagé de la banlieue de Toulouse pour aller vivre à Saint-Affrique, dans l’Aveyron. Pas forcément facile à cet âge de perdre tous ses amis, mais je ne l’ai pas mal vécu, je dois dire que j’ai eu une adolescence plutôt agréable dans cette petite ville. Pour revenir à la situation actuelle, je suis ingénieur en informatique, après avoir fait un Bac S et un DUT informatique au Puy-en-Velay, et enfin l’INSA de Toulouse dans la section informatique. Je travaille actuellement pour une PME bien cool, qui m’envoie travailler comme consultant chez Airbus Defense and Space, donc les satellites, le renseignement, tout ça (si je raconte ce que je fais je vais perdre la moitié des lecteurs, désolé). Sinon en dehors du cinéma j’ai principalement comme passions la musique (on reviendra sur le metal par la suite je pense), les séries, les jeux vidéo, la bonne bouffe, je fais du sport pour pas tomber dans les clichés du geek incapable de bouger, et je pense avoir fait le tour. On ne va pas tout spoiler non plus.

Pour tous les membres de Cinelounge et du forum cinéma, tu es donc blazcowicz, un alter ego du héros de la saga vidéoludique Wolfenstein. Quelles sont les origines du pseudonyme, et qu’est-ce qu’il raconte sur toi ?

Je l’ai choisi au moment de m’inscrire sur le forum en 2005 je crois, même si je n’y ai pas posté avant deux ans, pour Casino Royale. Je m’en rappelle, mon premier post était un avis sur celui-ci – et il n’est pas honteux, je tiens à le préciser ! J’ai choisi blazcowicz car à cet âge-là, 15/16 ans, j’étais déjà pas mal dans les FPS et j’avais découvert Id Software avec un CD de démos, de sharewares, comme il y avait dans certains magazines PC ou Mac, où il y avait les premiers chapitres de Doom, Wolfenstein… Pour le coup c’était Mac, mon père n’avait que ça par choix, et ça limitait (très) fortement l’offre en jeux vidéo. Ce qui fait que j’y avais joué en boucle, mais la claque fut surtout Return to Castle Wolfenstein qui je pense a clairement eu une influence sur ma cinéphilie à un moment ou à un autre, sur tout ce qui est mélange avec les nazis, les zombies… Hélas, pour revenir à mon pseudo, j’ai un C et non un K (comme dans le jeu) car le nom était déjà pris sur jeuxvideo.com…


"Wolfenstein 3D, mon premier FPS avec Doom, un souvenir toujours émouvant"



D’emblée, sans réfléchir, quel est ton premier souvenir de salle de cinéma ?

J’ai toujours le doute : est-ce que c’était Aladdin ou Le Roi Lion ? Sûrement Aladdin vu qu’il est sorti en premier et que je suis à peu près sûr de l’avoir découvert au ciné. Je me rappelle que là où on habitait avec mes parents près de Toulouse, il n’y avait pas vraiment de salle de cinéma, du coup c’était projeté dans la salle des fêtes, et nous étions assis sur des chaises en plastique. Je me rappelle avoir été fasciné par le génie, on ne va pas se mentir. J’avais été sûrement moins intéressé par le héros et sa romance, du moins à l’époque. Je garde néanmoins un très bon souvenir du film, que je n’ai d’ailleurs jamais revu. D’ailleurs je n’étais pas trop comme mes amis à l’époque, je n’ai pas revu des dizaines de fois chaque Disney, ça ne me fascinait pas autant qu’eux je dois dire. Par contre quand j’ai découvert que c’était Robin Williams qui faisait le génie en V.O. dans Aladdin, je dois dire que ça m’a rendu curieux de le revoir.

Ce qui nous amène vers ton premier choc cinématographique… ?

Je pense que c’était Pulp Fiction, même si relativement classique. Dans mon souvenir, c’est vraiment le premier film où je me suis dit que le cinéma pouvait être autre chose que du divertissement - même si ce film en est, on ne va pas non plus en faire trop. J’ai ressenti quelque chose de différent de tous les films que j’avais vu avant, même si j’étais déjà plutôt fan de films d’action ou de films fantastiques, et en revoyant Pulp Fiction, mine de rien le rythme est relativement posé. Pourtant, ça m’avait déjà bien scotché. Ce doit être le premier où je me suis dit cela.

Je crois que tu l’as revu en salle il y a peu, cela a-t-il changé ce souvenir, ou au contraire, les qualités t’ont-elles parues plus évidentes ?

La réponse B. La première fois que je l’avais vu, c’était en VF – qui est très bonne - puis je l’avais redécouvert en VO quelques années plus tard, et enfin il y a un an au cinéma. Ça reste toujours un sacré morceau de cinéma, que ce soit la narration, la mise en scène, les dialogues, le casting… Je n’ai jamais trouvé rien à redire et il reste un de mes films préférés. Je me suis aussi écouté la BO en boucle un certain temps. Beaucoup de choses m’ont marqué dans ce film, et je pense que l’aimer toujours à ce point-là aujourd’hui, ça n’est pas que de la nostalgie.


Pulp Fiction : "Cette fameuse scène de danse m’avait autant marqué que les passages plus badass du film, il s’en dégage une grâce, un naturel et une simplicité qui me fascinent toujours."



Aussi loin que je me souvienne, Apocalypse Now a toujours été ton film revendiqué comme préféré. Quel était son prédécesseur ? Pulp Fiction, peut-être, ou un autre ?

J’ai vu Apocalypse Now à quelque chose comme 17 ans, il me semble. A cette époque-là, il ne se posait pas vraiment la question de faire un top. Mais en commençant à discuter sur jeuxvideo.com, quand il y a eu le topic du top 50, je me suis posé la question. Avant cela, c’était probablement Pulp Fiction, et encore avant Le Bon, la Brute et le Truand, ou Les Aventuriers de l'Arche Perdue qui restent des films que j’adore, et qui sont encore dans mon top 50 (plus le Spielberg pour être exact).

Outre Pulp Fiction et Apocalypse Now, est-ce que dans ton parcours vers le forum, tu as eu d’autres pics qui t’ont marqué, des grandes étapes de ta cinéphilie, où tu t’es dit « là j’ai une nouvelle perception », « là je vais peut-être commencer à écrire sur ce film », ainsi de suite ?

Ne nous mentons pas non plus, à nouveau : Apocalyse Now a été une de mes plus grosses claques cinématographiques, même si j’en ai prises après. Celui-là a nettement changé mon approche du cinéma. Pulp Fiction m’avait déjà fait un choc, mais il reste du divertissement, il n’apporte pas vraiment une réflexion derrière non plus (et ce n’est pas un reproche). Avec Apocalypse Now, pour le coup, j’ai pris conscience qu’un film pouvait faire ressentir des émotions totalement différentes. Même s’il commence comme une sorte de blockbuster, ce qu’il devait être à la base, il finit de façon assez déroutante. Surtout quand on ne connaît pas la réputation du film, ou celle qu’il avait à l’époque de sa sortie. Pour revenir à la question, à 15/16 ans j’avais un pote qui piratait énormément, qui me passait plein de films, deux par semaine environ, et qui était surtout fan de films d’horreur. C’est là que j’ai découvert une majorité de ceux que j’adore, des claques comme Shining, The Thing ou Massacre à la tronçonneuse, alors qu’ils étaient bien souvent en VF et en qualité déplorable. C’était des films qui m’ont fait voir le cinéma d’horreur différemment. Carpenter, c’est ce côté posé, classe, sobre, mais le nihilisme du film m’a vraiment marqué. J’ai un côté pessimiste revendiqué qui me fait accrocher à ce genre de film, ce que tout le monde n’arrive pas à comprendre (mes parents les premiers à l’époque). Massacre à la tronçonneuse était vraiment différent. C’est une ambiance qui empêche de décoller les yeux de l’écran, et à la fin je me sentais mal, car c’était quelque chose de plus profond et malsain. J’ai eu du mal à m’endormir après, ce qui m’arrive très rarement même avec un film choquant. Cette claque s’est largement confirmée lorsque je l’ai revu au cinéma, dans son excellente restauration. Tout juste ai-je pu déplorer des ricanements mal avisés au début, mais quand la descente aux enfers commence, un silence de mort régnait dans la salle, et j’étais totalement crispé dans mon fauteuil.

Du coup la base cinématographique que j’ai construite, étant ado, se situait plus dans les films d’horreur, les séries B, les films qui tachent quoi. Niveau violence, un film comme RoboCop de Verhoeven m’avait aussi énormément marqué, surtout la scène du robot qui déconne au début, elle me met toujours sacrément mal à l’aise. Pour l’anecdote, je me souviens avoir marchandé en 15 F au lieu de 20 une VHS sur un vide grenier, qui s’est avéré être un enregistrement de France 2, j’étais bien dégoûté.


Massacre à la tronçonneuse : "Une descente dans la folie pure, avec un dernier tiers qui m’a marqué au fer rouge."



Tu as, et je pense te rejoindre dessus, une vision de cinéma assez large dans le sens où elle n’exclut rien, s’ouvre autant au grand public qu’à des œuvres peut-être plus confidentielles. Malgré cette ouverture, as-tu une œuvre que tu as totalement renié au cours de ton évolution ?

Il y en a, mais ça n’est pas forcément ce dont je suis le plus fier, même si j’étais bien plus jeune. Lorsque j’avais dix ou douze ans, j’adorais Independance Day et Armageddon, que j’ai revu quelques années plus tard en me disant « ah oui non là, ça ne va pas du tout ». Je pense qu’il n’y a pas que les claques qui comptent dans le parcours de cinéphile, mais aussi le fait de se rendre compte que l’on a un peu évolué au niveau des goûts, et que ce qui nous plaisait à un moment a finalement beaucoup de défauts, qu’il nous est devenu impossible d’apprécier ça. Plus récemment, ce serait plutôt un ensemble de films sur lesquels j’ai des doutes et que je n’ai pas revus, sans avoir réellement envie de le faire, comme Forrest Gump, Les Evadés, Requiem for a Dream… des films auxquels j’avais mis de très bonnes notes avant de les baisser prudemment. Mais je ne sais plus trop quoi en penser aujourd’hui.

Mais, inversement, y a-t-il des films dont tu penses être passé à côté il y a un certain nombre d'années, et que tu aimerais revoir avec un œil neuf maintenant que ta vision s'est développée ?

Oula, malheureusement il y en a plus d’un, déjà d’après moi mais encore plus selon les autres ! De tête, je peux citer Aguirre (trop de comparaisons avec Apocalypse Now pour son bien); Solaris, au ciné mais j’étais crevé, clairement celui que je dois le plus revoir; Ghost in the Shell et Akira, que je pensais adorer mais le manque de sommeil encore une fois… Autant dire que je ne dormais pas assez quand j’étais étudiant, ça sera plus simple. En tout cas j’ai revu des passages du BR d’Akira récemment, et j’ai envie de lui redonner une chance. Après il y a aussi pas mal de films comme L’aurore, La prisonnière du désert, La nuit du chasseur ou Requiem pour un massacre (encore trop comparé à AN à mon goût) que j’ai aimés sans forcément y voir des chefs d’œuvre bouleversants, la fameuse frustration du cinéphile qui m’amenait à dégainer un peu trop souvent le « surestimé », autant dire que j’en ai irrité plus d’un.

Par contre, mon souci reste que je ne suis pas un grand revisionneur de films, à part ceux que j’adore. Il y a quelques années j’avais entrepris de revoir tous les films de mon top 50 qui y étaient depuis longtemps et je m’y suis tenu, avec quelques déceptions à la clé mais aussi de belles confirmations. Pour ce qui est de revoir des films dont j’étais passé à côté, j’avoue que je n’ai quasiment jamais le courage de le faire. Les seuls exemples notables que j’ai en tête sont No Country For Old Men, vu pas moins de trois fois avant d’adorer, et La guerre des mondes que j’ai eu la chance de revoir au cinéma, là aussi bien meilleur que dans mes souvenirs (sauf la fin, désolé Lt j’ai toujours du mal).

Comment définirais-tu toi-même, même si c’est un peu vague, ton exigence, qui est celle d’une personne néanmoins très ouverte ?

Lorsque l’on me demandait cela avant, par rapport à d’autres sur le forum, sans que ce soit péjoratif je disais que j’étais plus porté sur le scénario et les dialogues que sur la mise en scène. Ce qui ne veut pas dire que je n’y accorde pas d’importance. Finalement, des années plus tard, j’ai l’impression que c’est toujours un peu le cas. J’aurais plus facilement tendance à pardonner un film quelques faiblesses sur la mise en scène si l’histoire m’a emporté que l’inverse. Je pense que c’est plutôt le cas pour pas mal de monde, d’ailleurs. J’ai donc tendance à être porté sur le côté narratif. Pour ce que j’exige, finalement, ce serait que le film me bouscule ou me confronte à des idées inhabituelles. C’est bien pour cela que je me suis découvert récemment un intérêt pour le documentaire, pour lequel j’ai été assez récompensé – et je continue là-dedans, en m’étant lancé dans les documentaires d’Herzog il y a peu.

Sans en avoir vu assez, j’adore par exemple l’approche de Wiseman, j’ai vu Hospital il y a quelques années à Extrême Cinéma (le festival toulousain centré sur l’horreur, les séries B, le bis et le nanar) et Titticut Folies il y a peu. C’est la façon de faire du documentaire qui m’intéresse : se tenir à distance ou se fondre dans la masse, observer, ne pas poser de questions… On a vraiment l’impression d’être dans le vif du sujet. Certains documentaristes disent cela pour se mettre en avant et souvent c’est faux, mais dans Titicut Follies c’est exactement le cas. Personne n’a l’air de le remarquer dans l’asile, on a l’impression de vivre avec les patients, ce qui est assez saisissant. D’autres cinéastes font cela aussi, comme dans l’excellent Harlan County, où la réalisatrice s’est faite la plus discrète possible au milieu des mineurs, pour saisir au mieux la révolte. Lorsqu’il se passe des choses dangereuses, elle était bel et bien dedans, sans pour autant se mettre en avant. Cette approche est fascinante, bien que d’autres puissent être intéressantes aussi.

Sinon, j’ai un énorme intérêt pour tout ce qui est judiciaire. Paradise Lost, par exemple, qu’on avait vu dans le cadre du festival documentaire, j’avais dévoré la trilogie, ou en séries Making a murderer et Soupçons (vraiment, regardez-la, ça a changé ma vie). Là ça tient au sujet, mais bien que j’adore aussi les films de fiction sur le sujet, savoir que cela s’est réellement passé me touche différemment. De plus, ces films ou séries ont eu le pouvoir de changer le déroulement de l’affaire, mettre à jour de graves dysfonctionnements de la police et de la justice, et de rétablir cette dernière avec plus ou moins de succès. Quoi de plus beau pour défendre l’art que l’on aime ?


Paradise Lost - "Clairement le film qui m’a donné envie de voir plus de documentaires, et passionné pour l’aspect judiciaire."



T’es-tu déjà vivement pris la tête avec des proches à propos du cinéma ?

J’ai évidemment déjà débattu avec des gens qui m’énervaient, mais en règle générale, je reste assez diplomate. Cette semaine, par exemple, à propos de Sully que j’avais proposé à des amis, ils m’ont dit que connaissant Eastwood, il risquait de trop prendre parti pour le personnage de Sully et que ça serait trop patriotique. Je me suis lancé dans un débat Facebook en citant Mémoires de nos pères ou American Sniper, pour dire que non, justement, ils ne connaissaient pas tant que cela Eastwood. Du coup ils ne sont pas venus voir Sully, tant pis pour eux après tout. Un des deux a vu American Sniper peu après, on en a redébattu, et il a peut-être un peu changé d’avis sur Eastwood, c’était déjà ça de pris.

Sinon il y a les gens qui m’ont pris pour un élitiste ou un connard lorsque j’ai dit que tel ou tel blockbuster n’était pas terrible, mais je pense que c’est notre lot à tous… !

Malgré le fait que tu saches bien argumenter et que tu aimes développer, tu arrives à tempérer tes prises de position en évitant souvent une démarche agressive ou hautaine. Cela te ressemble ?

C’est totalement moi, même dans la vie quotidienne. Il y a des fois où il faut s’affirmer pour défendre son opinion, ce qui ne me pose pas de problème, mais je trouve qu’un conflit dans le dialogue ne va pas servir à grand-chose à part faire camper les interlocuteurs sur leurs positions. Je préfère essayer de comprendre pourquoi l’autre pense ceci ou cela, et essayer d’argumenter en faisant que même s’il ne me rejoint pas, il puisse voir le film ou le sujet d’une autre façon.

Le pire, c’est quelqu’un comme Torpenn (un membre de SensCritique), que j’ai pourtant suivi un certain temps. Il y a quelques jours, j’ai revu une de ses critiques particulièrement horripilantes, où il concluait en assénant qu’il ne comprenait pas comment d’autres personnes pouvaient aimer le film en question. Il n’y a rien de pire que cela à mes yeux. Lorsque les gens ne sont pas d’accord, j’essaye tout de même de comprendre leur point de vue, même si c’est quelqu’un avec qui je n’ai pas d’affinité.

Tu aimes bien le cinéma de genre : les slashers, les survivals… Parmi ces films souvent visuels, viscéraux et nihilistes, une thématique t’attire en particulier ?

Au niveau thématique, ce serait à la fois l’instinct de survie, et ce que cela fait ressortir sur les gens, comme instinct primaire, ce qui est évidemment lié au survival, ainsi que certains slashers où le thème est plutôt bien abordé. C’est clairement ce qui va me fasciner dans un film comme Sans Retour : voir les différentes façons de réagir au sein du groupe, ou lorsqu’on a le fameux dialogue entre les deux héros qui en dévoile plus leurs personnalités et leurs émotions, pour ne pas rester en surface et n’en faire que des brutes. C’est bien plus intéressant que d’avoir les petits soldats contre les méchants cajuns, ce n’est pas du tout cela. On comprend bien que ces derniers sont agressés sur leur territoire par des soldats pas forcément très malins, et en parallèle, le fait de développer la personnalité des soldats est vraiment passionnant. On se rend par exemple bien compte que les deux personnages principaux ne sont pas des débiles et se posent de réelles questions sur la situation dans laquelle ils se retrouvent.

Le retour à la forme de vie ou survie la plus primaire est quelque chose d’assez fascinant pour moi dans tous les cas.

Justement, un film comme Apocalypse Now n’est pas un film d’horreur, et finit pourtant de manière similaire. La thématique de la survie, voir où est prêt à aller Willard pour s’en sortir, y est tout autant passionnante – même si on ne peut pas simplement réduire le film à cela. Il y a un lien à établir entre le plan où Willard sort de l’eau, le visage couvert de peintures, et Schwarzenegger qui fait à peu près la même chose dans Predator, presque pour la même raison. Et Predator est évidemment plus proche d’un film d’horreur, que j’aime autant pour cette thématique : l’homme qui doit sa survie à un retour à sa nature la plus bestiale.




Predator / Apocalypse Now - "Willard qui sort de l’eau boueuse, avec son camouflage, les fines volutes de brume, The End qui se relance, une image gravée dans ma mémoire."



Tu es également assez mélomane, tu aimes notamment le metal (et donc les mangeurs de bébés). Estimes-tu que c’est aussi l’expression de ce que tu aimes dans les films de genre, mais transposé dans la musique ?

J’en parlais justement il y a peu à un autre metalleux, avec qui j’évoquais Extrême Cinéma qu’il ne connaissait pas, et je disais que pour moi, oui, on pouvait clairement faire le lien. En premier lieu parce que certains films utilisent du metal, mais aussi pour le côté frondeur, choquant, complètement en dehors du mainstream, une volonté de déranger les âmes sensibles. On ne peut évidemment pas faire de lien entre tout, mais il y a ici clairement des points communs sur les raisons pour lesquelles j’aime le cinéma de genre et le metal.

Il y a d’ailleurs un film que je dois voir, Deathgasm, qui est un film d’horreur récent parlant de metal. Autant dire que les liens ne manquent pas. Le problème reste finalement qu’il y a assez peu de films qui utilisent (correctement) l’univers du metal. J’ai fait deux listes sur SensCritique à ce sujet-là, une sur les films qui parlent de metal et une autre sur ceux qui utilisent du metal dans leur bande-son. Pour ces derniers, la bonne utilisation est tout de même assez rare. La meilleure à mon goût reste de loin Lost Highway, qui arrive à en intégrer de façon naturelle, pas simplement pour se la péter comme c’est le cas de la plupart des productions qui en mettent. A ce niveau-là, on se souviendra de Daredevil, film de triste mémoire, qui n’utilisait déjà pas du bon metal, et en plus l’utilisait mal. Il faut dire que c’était assez à la mode dans le début des années 2000, j’ai également vu xXx qui réalise l’exploit de faire encore pire à ce niveau, à part l’intro avec Rammstein en live.

La France a une culture du genre, mais elle est assez timorée ou éventuellement malmenée. Je pense que tu aimes aussi le cinéma français, comment aimes-tu voir les deux se conjuguer ?

En y réfléchissant, je ne sais pas si j’en ai vu tant que ça. Il y a un certain nombre de films considérés comme des classiques du genre, par exemple Martyrs, que je n’ai toujours pas vu. Cependant, sans forcément toujours se comparer aux États-Unis, il y a des voisins européens qui arrivent à faire du très bon cinéma de genre. Récemment j’ai vu Kidnappés, un film espagnol, tourné uniquement en plans séquences et assez étourdissant. Quand je vois cela, je me dis en effet « qu’est-ce qui empêche de faire ça chez nous ? ». Je ne sais pas s’il y a des choses que j’aimerais voir en particulier, à part le fait qu’on a des paysages magnifiques en France, et que lorsqu’on voit ce qu’on en fait, comme Bruno Dumont lorsqu’il flirte par moments avec le cinéma de genre sur Ma Loute ou P’tit Quinquin… Pourquoi il n’y en a pas plus qui arrivent à faire cela ? D’autant que ça ne demande pas forcément des budgets énormes (et quand on voit Dany Boon à côté…).

Je pense qu’on a le potentiel de faire ça, et d’ailleurs il y a plein de films qui, sur le papier, auraient pu être très bien. Comme La Horde, La Meute, Frontières… exploitant un peu la ruralité par exemple. Mais ils ont tous l’air nuls – pas faute de potentiel. Rien que l’Auvergne que je connais bien, il y a de quoi faire des trucs de malade, mais bon niveau prise de risque on est un peu à la ramasse par rapport aux USA notamment, qui ont pourtant des paysages similaires (je pense à un Green Room, d’ailleurs un de mes films préférés cette année).

Plus haut nous parlions de Wolfenstein, ton amour pour la série B, les zombies et les nazis... Peux-tu nous en dire plus à une échelle cinématographique ?

En fait je pense avoir découvert les séries B indirectement par le jeu vidéo, pour faire simple. Vu que mes parents étaient très stricts sur le respect des âges recommandés à la télé, je me suis retrouvé à jouer à Wolfenstein, Doom et Quake bien avant de voir des films comme Robocop ou Alien, et même Terminator. Autant dire que ces jeux ont fait très forte impression sur mon imaginaire, même si clairement pas aussi violents que les jeux sortants à l’époque (mettons Soldier of Fortune). Je dois dire que j’ai toujours été fasciné par l’esprit frondeur des développeurs des années 80-90, repoussant toujours les frontières d’un média en pleine expansion, qu’elles soient technologiques, artistiques ou morales. Wolfenstein puis Doom furent une révolution au niveau de la technologie mais causèrent d’énormes scandales à cause des swastikas, des portraits d’Hitler, des bergers allemands (coucou Brigitte Bardot), de la violence et globalement du ton subversif des jeux. Wolfenstein est clairement inspiré de films où l’on mitraille du nazi à tour de bras, tels que Inglorious Bastards ou Les douzes salopards, et l’épisode Return To Castle Wolfenstein y ajoute sans sourciller cérémonies occultes, chevaliers démons, momies, nazies tout de cuir vêtu, séquence en téléphérique et j’en passe. Le tout transpire l’amour pour le cinéma de genre au sens large, a très bien vieilli et reste ultra cinématographique (au bon sens du terme). Doom reste pour moi un des jeux les plus brutaux et nerveux qu’il existe, même sans mod, j’y rejoue d’ailleurs assez régulièrement.

A l’échelle cinématographique, je pense que ça va avec ce que je disais sur mon amour pour le transgressif, le subversif, le cinéma viscéral qui dérange. Je pense que mon appréciation tout particulière de films bourrins et bas du front vient de là, d’ailleurs je pourrais faire une comparaison plus directe entre différents arts. Mon genre de jeux vidéo préféré reste les FPS (pas un scoop donc), mais je peux adorer Myst. Je préfère les films pessimistes, sombres, dérangeants, mais je peux adorer l’opposé aussi. Et en musique, je suis un fan avide de metal, mais j’essaye de varier de plus en plus mes écoutes (rap, synthwave, folk, etc). Je dérive pas mal du sujet, mais finalement ça rejoint mon approche de l’art et de la culture en général : je sais ce que je préfère, mais j’essaye constamment de repousser mes limites, en prenant mon temps.

Pour revenir au sujet, si j’aime les zombies au-delà du concept que je trouve profondément terrifiant et des infinies possibilités visuelles et gore qu’il offre, c’est pour ce qu’en a fait Romero. Difficile d’imaginer ce que serait aujourd’hui le film de zombies sans lui tant il a créé son propre genre. Avant ça le zombie était solitaire et issu d’un rituel vaudou ou autre, mais l’idée que tous les morts puissent revenir à la vie, dévorer les vivants et les transformer reste encore un cauchemar assez traumatisant pour beaucoup. Bon moi c’est plutôt les araignées, Siry le sait bien vu le nombre d’infarctus qu’il a tenté de m’infliger.

Pour résumer je dirais que c’est un tout, j’aime ce qui va contre l’ordre établi, la morale, les conventions dans tous les arts en fait (si certains veulent dire que le jeu vidéo n’en est pas un, les commentaires sont les bienvenus). J’ai toujours cette jubilation à me renseigner sur l’histoire de films tels qu’Orange Mécanique ou Massacre à la tronçonneuse qui ont été longtemps censurés par des autorités conservatrices, ou du moins pas en phase avec leur époque. D’ailleurs je dois dire que le retour à une certaine forme de censure avec la Manif pour tous et autres groupes bien-pensants en France me fait assez peur, déjà que le repli culturel me semble indéniable depuis quelques années. J’espère que cela répond à la question !

Tu voues aussi un culte relatif au DCOM (Disney Channel Original Movies)... ?

Un culte, comme tu y vas ! Ma relation avec les DCOM est particulière, il est vrai, surtout pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire. Pendant longtemps j’avais lu les avis de resolution et de Yayap sur ces productions fort intrigantes, mais difficile de franchir le cap. Ma sœur était accro aux High School Musical et Camp Rock, mais ça me semblait atrocement nul et trop dénué de potentiel nanar. Si j’avais su à quel point je me trompais ! Du coup pour revenir à l’histoire, je n’en avais toujours pas vu quand s’est organisé, sur la base d’un délire du forum de la bonne époque, un festival DCOM (hérésie ! ont crié les gens de bon goût). Je m’y suis inscrit, j’ai même participé à sa mise en place, et surtout je l’ai fini. Sur la douzaine de participants inscrits, tout de même, seuls trois ont fini ! A savoir reso, Yayap et moi, justement. Je tiens à dire pour la défense des autres que dix DCOM en un mois, c’était effectivement un marathon dans la crétinerie et les bons sentiments qui frôlait l’intolérable. La légende dit que j’ai poussé le vice jusqu’à en avoir vu 16 ou 17 dans le seul mois de septembre 2014, mais bon, j’étais au chômage. Je ne saurais toujours pas expliquer aujourd’hui ce qui m’avait pris, mais j’étais dans une sorte de frénésie de découverte du genre qui ne m’est jamais arrivée pour un autre.

Profitons de cette tribune pour évoquer un projet d’article conjoint avec Yayap, qui pourrait s’intituler « Une certaine vision de l’Amérique moderne et ses luttes de classes par les tauliers Paul Hoen et Kenny Ortega » (titre non définitif). Quitte à en choquer certains, comme nous avions pu en discuter, je pense que les DCOM ne sont pas seulement des nanars perchés, mais qu’ils dévoilent bien quelque chose des États-Unis, une sorte de fantasme lisse et propret, avec ses castes sociales bien définies (les geeks, les sportifs, les artistes, etc) et ses codes immuables. Dans l’incroyable Appelez-moi DJ Rebel, on nous fait passer un message gerbant de « révolte » incitant les élèves à être eux-mêmes et à s’assumer, mais surtout sans déborder trop du cadre. Dans 16 vœux ou Harriet et la guerre des blogs, par contre, on a affaire à de véritables têtes à claques qui ne se remettent jamais en question, tout juste doit on subir le couplet sur l’importance de la famille. N’oublions pas Le geek charmant, beau gosse cinéphile avec un bonnet, qui va faire craquer une fille moins vaine qu’il n’y paraît, où les castes sont plus marquées que jamais. Il y aurait encore beaucoup à dire, notamment sur l’importance de la sacro-sainte « prom night », érigée en consécration incontestable qu’il ne faut rater sous aucun prétexte.

Bref, vous l’aurez compris, je ne regardais pas les DCOM strictement que pour le côté nanar au bout d’un moment, surtout que certains sont tellement gratinés qu’il devient difficile d’en rire. Ah, si vous voulez voir Shia Labeouf se ridiculiser en handicapé mental et que vous avez envie d’être méchant, foncez sur Tru Confessions, c’est quelque chose.

Je pense que pour aimer les DCOM, il faut déjà au minimum aimer les nanars, sinon le risque de saignement nasal est non négligeable. A titre personnel j’inscris cette « démarche » de découvrir les DCOM dans mon attitude de découvertes les plus variées possibles, je trouve qu’il y a toujours à apprendre des plus mauvais films (en se marrant bien au passage, c’est mieux quand même). A mon humble avis, c’est ce qui m’a permis de relativiser au fur et à mesure la nullité de films que je détestais, et ne pas se retrouver à mettre 1 à un film qu’on n’aime pas en ignorant ses qualités. Je ne prétends pas non plus noter objectivement, mais je pense avoir trouvé le juste milieu. Ironiquement, je ne sais pas noter les nanars, des fois je mets 1, des fois 6 ou 7 en m’étant autant marré, donc ne vous fiez pas à mes notes pour ça. Par contre, je suis toujours ravi de donner des conseils, que ce soit pour les nanars (mais il y a d’autres experts) ou pour les DCOM !


Teen Beach Movie - "Avec le Tom Cruise du pauvre ! Je dois dire que cette séquence est plutôt sympa et les décors sont travaillés, ce qui n’est pas le cas dans tous les DCOM."



En novembre de l’année dernière, tu as vécu une expérience difficile et tu as été parmi les spectateurs de l’attentat au Bataclan. Tu as écrit un court mais joli essai à ce sujet « Nuit sans étoiles sur les toits du Bataclan » où tu confies ton ressenti sur cette nuit et les évènements l’entourant. Je me souviens t’avoir vu juste avant que tu partes pour le concert, puis le lendemain. Je sentais que tu avais envie de t’exprimer dessus mais pas forcément les moyens à l’oral. Comment le texte a-t-il pu, en partie, te libérer ?

C’aurait été plus difficile à vivre si je n’avais pas écrit ce témoignage. Bon après, ma situation est un peu particulière par rapport à d’autres car, encore une fois, je n’étais pas dans la fosse. Je n’ai pas vu tellement de choses horribles ou traumatisantes par rapport à ceux qui suivaient le concert de là. Pour moi, ce qu’il s’est passé d’assez extraordinaire, c’est ce que j’ai été dans la fosse, au cinquième ou dixième rang, pendant la première partie et pendant quelque chose comme cinq chansons des Eagles of Death Metal, avant de monter au balcon car j’étais fatigué de ma journée, j’avais eu une intoxication alimentaire deux jours avant, et je me faisais pas mal bousculer par les pogos, sans être vraiment dans l’ambiance. C’était trois ou quatre chansons avant que les terroristes n’arrivent. C’est cela qui m’a obsédé les jours suivants : se repasser en boucle ces quelques décisions, paraissant totalement anecdotiques, et qui m’ont probablement sauvé la vie – ou du moins, sauvé d’un traumatisme assez sévère, ce qui est arrivé à beaucoup de monde. Le moment plus difficile que j’ai vécu, finalement, c’était les vingt minutes d’attentes pour pouvoir monter sur le toit, en haut d’un escalier, où on ne savait pas ce que faisaient les terroristes, que les rafales et les cris continuaient, qu’il y avait une explosion… C’était définitivement le moment le plus éprouvant, surtout que les gens tassés autour de moi paniquaient plus. Je ne saurais pas expliquer pourquoi mais je suis resté relativement calme, tout en ayant la peur de mourir aux tripes. Ensuite, sur les toits, je me sentais relativement en sécurité. Ce que j’ai vécu, à mon échelle, n’est pas réellement insurmontable, mais le lendemain, et les jours suivants, ressasser toutes ces pensées était devenu totalement toxique.

Cela va paraître bizarre, mais c’est un peu la même chose lorsque je fais la critique d’un film. Le fait d’écrire me permet de me sortir des choses de la tête, et, même pour un film, de mettre au clair mes idées, d’éviter de me poser trop de questions. Vu que l’on m’avait demandé si j’allais écrire quelque chose sur le Bataclan, j’ai repensé à ce sentiment que j’avais en écrivant sur le cinéma, ou, il y a très longtemps, lorsque j’écrivais des nouvelles – même si ça, je n’ai pas vraiment envie de les relire ! Si ça me faisait le même effet, ce pourrait être bien pour moi. Il y avait cette raison, puis aussi le fait de pouvoir écrire des choses que je ne pouvais pas dire à l’oral, et celui de pouvoir raconter plus en détail ce que j’avais vécu pour rassurer mes proches ou ma famille, sans avoir à répéter le même discours pour chaque personne. Au bout d’un moment, je me rendais compte que je le racontais de façon tellement dépassionnée que j’avais l’impression de raconter l’histoire de quelqu’un d’autre, ce qui était assez dérangeant.


"Un an plus tard, à la cérémonie en mémoire des victimes, accompagné de lutece89."



On sait que cette expérience n’a pas réussi à atteindre ton enthousiasme pour les concerts et la musique, ce qui est important…

Clairement pas ! En 2016, j’ai fait beaucoup de concerts, encore plus qu’en 2015. J’ai vu un tas de trucs assez géniaux, surtout DeWolff que je conseille à tous (rock psyché emmené par un trio de hollandais surdoués, un de mes meilleurs concerts de l’année). Sinon le festival This Is Not A Love Song à Nîmes qui est excellent, fait pour la deuxième fois avec Moriarty, mon premier Hellfest (la claque, quelle ambiance, je compte y retourner tous les ans), le Desertfest belge avec l’ami Yayap… Et surtout, pile un an après le Bataclan, j’ai enfin pu voir Electric Six en concert ! Après tout, c’était la raison pour laquelle je montais à Paris, en 2015, et forcément leur concert du 14 novembre avait été annulé. Je n’ai pas été déçu du tout, l’ambiance était démente avec pas mal de fans hardcore, j’ai chanté les refrains à tue-tête, j’ai acheté un beau t-shirt rouge du groupe… Puis mine de rien ça a aussi permis de combler un manque, de fermer une parenthèse si on peut dire.

Ton rapport à la fiction a-t-il en revanche changé ? Perçois-tu certains films différemment ? S’il y a une fusillade… ?

Ça n’a pas tellement changé mon approche du cinéma, même pour être honnête j’en avais peur. Le seul film où j’ai fait un lien avec cette « expérience », c’était Nocturama. Attention spoilers ! Toute la séquence finale m’a mis vraiment mal à l’aise – même si pas dans un mauvais sens. Elle est ultra-réaliste en fait. Je me suis rendu compte à quel point ça ne l’était pas dans la plupart des films, mais là c’est vraiment un ensemble de sensations, du moins ce que peut faire passer le cinéma – il manque tout de même des choses comme l’odeur : mais le bruit des bottes dans les escaliers, les grenades flash, les sommations, les détonations… Pour une fois, ça n’est pas de grosses fusillades : on tire une balle ou deux, maximum. Je me suis retrouvé propulsé dans ce que j’avais vécu, et c’était assez étrange. C’est vraiment le seul film pour lequel j’ai ressenti cela.

J’ai évidemment vu d’autres films avec des fusillades depuis. Le Mel Gibson il y a peu, Tu ne tueras point, et même si c’est ultra-gore, il y a plusieurs raisons qui font que ça n’est pas très réaliste, avec trop de numérique, au point de ne pas m’affecter du tout. Alors que Nocturama n’est pas très violent, mais c’est son réalisme qui était troublant.

Finalement, ça m’a plus changé dans la vie de tous les jours que par rapport aux films.

Ton partenaire de blog, Romain, Moorhuhn sur Cinelounge (qui était par ailleurs le 13 novembre au Stade de France, kolossale koincidence), est proche de toi et de tes goûts. Comment vous-êtes vous rencontré et avez-vous décidé de monter votre blog, La dernière séance ?

Je crois que c’était à propos d’Il était une fois dans l’Ouest, sur jeuxvideo.com, vers 2009 ou 2010, le fameux « Âge d’Or du forum ». Je lui avais parlé de mon projet, et j'avais des doutes sur ma capacité à tenir un blog ciné tout seul vu que je n'écrivais déjà pas très régulièrement de critiques sur le forum. Je lui ai proposé de me rejoindre pour lancer le blog en tandem, et il a été tout de suite d’accord. Mais maintenant nous sommes quatre (cinq même juste avant la publication) ! Je me suis d’ailleurs enfin lancé dans un article à propos d'Extrême Cinéma, où je vais enfin pouvoir parler de tous ces films que j’aime, et que tu aimes aussi beaucoup je crois, comme Enfants de salauds. J’aimerais bien, au minimum, que nous puissions faire deux articles par mois ! Ce qui m’a fait plaisir, c’est que sur les six mois où l’on a peu publié, pas mal de gens, dont certains que je n’ai pas vu depuis longtemps, sur Facebook ou irl, m’ont dit « ah tiens, tu n’écris plus sur ton blog, c’est dommage, je suivais tes avis » ! Ce qui était agréable à entendre, évidemment, mais surtout motivant pour poursuivre. C’est certes un plaisir personnel d’écrire, mais savoir que ça touche les gens de plus ou moins près reste tout aussi important.

Tu as été modérateur du forum cinéma de JVC (notamment lorsque je suis arrivé), tu es aussi un membre important de Cinelounge dans sa gestion et son administration. Dans les deux cas, qu’est-ce qui te motive à consacrer du temps à une communauté virtuelle ? Les membres en eux-mêmes, ou ton envie de partager et de contribuer à créer le lieu adéquat pour ?

Forcément, un peu des deux. Pour jeuxvideo.com, c’était une désignation assez dictatoriale : c’est leprodiss qui avait choisi son successeur ! Mais reprenons l’histoire dans le bon ordre.

Cinelounge a ouvert en décembre 2009, et tout le forum s’est rué dessus. Je fais d’ailleurs partie des inscrits du premier jour. Rapidement, tadanobu a eu ses déplacements à Madagascar, et on s’est rendu compte qu’en gérant de loin, c’était un petit peu compliqué lorsqu’il y avait des demandes ou des litiges, comme il y en a toujours. Au bout d’un an, il m’a nommé modérateur pour l’aider, ce qui était pratique lorsqu’il était absent. J’ai essayé d’appliquer la même philosophie que leprodiss au forum cinéma : être assez arrangeant, en laissant les gens débattre voire s’engueuler tant que ça ne dépassait pas les bornes. Globalement je pense que j’étais fier de mon travail, même si ce fut parfois difficile. Il y a eu des cas où il fallait trancher entre deux personnes, d’autres fois où ça s’est enlisé (on se rappellera d’un certain Arlong…). On m’accusait de prendre les décisions tout seul, donc il fallait parfois attendre que tada donne son avis, même si la plupart du temps il était d’accord avec moi. Forcément, quand il a fallu choisir un nouveau modérateur pour jeuxvideo.com, on a pensé à moi car j’étais déjà modérateur sur Cinelounge. J’ai accepté pour les mêmes raisons, car j’étais attaché à la communauté d’habitués, de vingt ou vingt-cinq membres, qui s’entendait très bien et déconnait beaucoup, à une époque où le blabla était néanmoins un lieu fréquentable – difficile à imaginer maintenant. On parlait beaucoup de cinéma, les débats étaient passionnés (notamment avec résolution !), c’était vivant et actif… Donc c’était principalement par plaisir.

Mais je dois bien dire que la modération sur jeuxvideo.com, ça n’est pas vraiment la même chose que sur Cinelounge. En plus d’avoir les engueulades entre habitués, il y a les gros débiles qui débarquent à chaque sortie de blockbuster, les spoilers massifs et compagnie… Ce qui a un peu pesé au quotidien : j’y passais tous les jours, et cela pouvait prendre entre une demi-heure et une heure, difficile à concilier avec les études au bout d’un moment. Et la suite, tu l’as très bien connue, avec deux énergumènes qui m’ont fait perdre patience et m’ont limite forcé à recruter un co-modérateur. J’ai finalement préféré abandonner purement un peu plus tard pour me concentrer sur ma dernière année d’études, ce que je n’ai pas regretté. Entre temps je suis passé admin sur Cinelounge, et j’avais déjà assez de choses à faire. Je continue à le faire, d’ailleurs, puisque cela prend moins de temps que sur JVC, et que ça reste un plaisir.

Comment penses-tu que Cinelounge joue dans ton rapport au cinéma ?

L’influence de Cinelounge a été très importante, je ne vais pas le cacher. Tous ceux qui sont arrivés dessus avec un esprit un minimum ouvert ont découvert des films qu’ils n’auraient jamais vus autrement. Qui aurait vu Satantango ou Love Exposure sans tadanobu ? On pourrait les compter sur les doigts de la main. Ce serait surtout pour ce genre de film. Pour découvrir du Tarkovski, il n’y a pas forcément besoin de Cinelounge. Par contre, le site offre beaucoup d’outils pour découvrir des films assez géniaux, comme avec les suggestions, ne serait-ce qu’avec l’engouement de la communauté, même si ça s’est un peu estompé. Au tout début, lorsque tadanobu a mis 10 à Satantango et Love Exposure, nous étions là : « c’est quoi ce film ? », « ça a l’air dingue ! », « je veux le voir ! » : il y avait une énorme émulation entre les membres, ce qui jouait beaucoup. On a essayé de relancer cela par divers moyens, dont les séances qui pour moi sont un bon système, bien que j’en fasse moins qu’avant et que le rythme se soit calmé. Il y a aussi les festivals, même si c’est trop exigeant pour moi maintenant que je bosse (no offense, j’ai été chômeur quelques mois).

Si on ne vient pas pour utiliser Cinelounge comme un tableur Excel, ce que j’ai tendance à désapprouver sans pour autant demander la suppression des membres qui font cela, il y a d’excellentes découvertes à faire. Et beaucoup que je n’aurais pas faites sans le site.

Quel est le film le plus singulier, particulier, ou même non-conforme aux autres de ton top50 ? Comment a-t-il réussi à te toucher autant qu'un autre ?

Je pense que c’est clairement Satantango, que certains indélicats comme FandeDQ ont pu appeler ma « caution cinéphile ». C’est clairement un film que je n’ai vu que grâce à tadanobu, jamais il ne me serait venu à l’idée de me procurer un film hongrois de 7h en noir et blanc. Je l’avais vu avec un ami (Alvy-Singer, ex pasmal), on s’était motivé pendant des vacances et prévu ça sur une journée entière, avec une bonne grosse pause entre chacune des trois parties. Au passage, ça me semble être la meilleure façon de le voir, histoire d’éviter l’indigestion mais de rester dans l’ambiance.

Donc oui, à part Stalker qui a un certain nombre de points communs avec ce film, il est assez à part dans mon top, en plus d’être sacrément bien placé. Déjà si je ne dis pas de bêtise, c’est le film le plus long que j’ai vu, et en me lançant dans le truc je n’avais un peu aucune idée de si j’allais adorer ou non. Je faisais quand même la folie de commencer l’ami Tarr par ce film, même pas les Harmonies comme tout le monde. Bizarrement, je me rends compte que je n’ai jamais rien écrit de très abouti sur ce film qui est quand même le 4ème de mon top ! Le principal souvenir que j’en ai, c’est celui d’un voyage dans la boue et la pluie, qui devient une expérience assez profonde si l’on entre dedans et qu’on se laisse porter. L’alternance entre contemplation de plans séquences interminables, visuellement sublimes, et les dialogues passionnants impliquant Irimias (quel personnage !), a produit sur moi une impression que je suis loin d’avoir retrouvé par la suite, même avec les Harmonies. Ceci dit, je pense que je devrais tenter du Lav Diaz, il y a du potentiel à première vue.


Satantango : "De loin ma plus grosse découverte grâce à Cinelounge, encore merci au vénérable tadanobu."



Comment souhaiterais-tu voir ces deux communautés évoluer ? Le forum devrait-il être plus proche de CL comme il le fut autrefois ? Ou inversement ?

Cinelounge vole déjà de ses propres ailes depuis un certain temps, même s’il est évident que le lien entre le forum a été très fort pendant deux ou trois ans. tadanobu avait la volonté de séparer, ce qui s’est fait naturellement, notamment lorsque l’on a dépassé les cent membres, et que beaucoup ne venaient plus du forum cinéma. Cinelounge est devenu sa propre communauté, même s’il y a toujours des private jokes liées au forum cinéma, ou aux débuts de Cinelounge. C’est devenu une communauté influente, du moins quand les membres font quelques efforts ! Pour revenir à jeuxvideo.com, pour être clair, je n’aime pas la communauté actuelle du forum et je ne souhaite pas voir les liens entre les deux sites se renforcer. Cinelounge est très bien comme il est actuellement, et il n’y a aucune raison de renouer des liens avec le forum. Si des gens en proviennent, tant mieux pour eux, mais l’ambiance actuelle du forum cinéma ne me parle plus du tout, et je n’y passe plus beaucoup.

Ce qui a été apporté par les deux communautés, ce sont aussi les rencontres… Ce qui n’est pas forcément le genre de chose que l’on peut imaginer quand on rejoint les sites.

Non, clairement, d’autant plus que lorsque j’ai rejoint le forum, j’ai remarqué qu’il y avait tout de même relativement peu de membres de province. Si l’on rapporte ça à la taille des villes, j’ai encore plus de mal à comprendre pourquoi il y a autant de monde à Paris. Toulouse est quand même une grande ville ! J’ai néanmoins rencontré Siry à Extrême Cinéma, alors qu’on y était allé tous les deux en solitaires, et c’est là où je lui ai parlé de Cinelounge… Ce qui est plutôt dans le sens inverse de la question du coup.

Cela s’est fait surtout à Paris, et ce fut enrichissant, surtout vis-à-vis de ce que l’on peut imaginer des gens sur Internet. Tu as dû probablement avoir la même observation : la plupart des gens sont beaucoup plus « réservés » en vrai, alors qu’ils font les grandes gueules sur Internet. D’ailleurs je pense que tu es un peu un des seuls qui est le même sur le forum ou Cinelounge qu’en vrai, et je ne dis pas cela de façon péjorative. Pour le coup je pense que c’est le mélange d’un phénomène connu sur Internet (on se sent toujours plus fort à l’abri derrière son écran) et de l’état d’esprit des cinéphiles, qui peuvent souvent débattre de choses assez grotesques pour le reste du monde il faut le dire. Peut-être que ça dépend aussi du fait qu’on ait développé notre personnalité sur Internet, je ne cache pas que c’est mon cas, où qu’on soit quelqu’un d’affirmé et qu’on arrivé sur le tard, peut-être plus ton parcours. Je n’arrive pas trop à dire pour moi, peut-être que je me lâche plus en ligne, mais irl on a plutôt tendance à me dire que je suis très grand (scoop !). J’ai rencontré Flichty, je ne l’imaginais pas forcément comme cela ! Il est très posé et fait des blagues, mais pas l’humour aussi bizarre (que j’adore) qu’il pratique sur Cinelounge. Cette schizophrénie est plutôt amusante. Sinon la plupart des rencontres sont vraiment instructives et riches, et c’est avec grand plaisir à chaque fois que je passe à Paris.

Parlons un peu séries. Tu en suis également un certain nombre, qu’est-ce qui t’intéresse dedans ? Sont-elles un complément du cinéma à tes yeux ? Ou les approches-tu différemment ?

Nouveau petit retour en arrière ! Il y a quelques années, environ cinq ans, je faisais partie de ceux qui défonçaient un peu les séries sans les connaître, alors que d’autres comme leprodiss ou Jack parlaient pas mal de The Wire, Six Feet Under… et j’étais un peu en mode « ouais lol, les séries c’est pas du cinéma ». J’étais assez méprisant, je le reconnais. La première que j’ai regardé en me lançant vraiment à fond dedans, c’était Sons of Anarchy, que des amis m’avaient passé, et qui n’est pas non plus la meilleure série du monde mais qui m’a fait prendre conscience que l’univers des séries ne se résumait pas à Smallville ou NCIS. D’autant que j’avais en tête les séries que j’ai regardées avec mes parents à l’époque, donc pas forcément des chefs-d’œuvre. J’ai enchaîné peu de temps après avec Mad Men, et ce fut le grand écart en termes de qualité. Cette série m’a totalement fasciné, c’est d’ailleurs ma préférée, une plongée fascinante dans les années 60 et le milieu de la publicité, deux sujets qui me passionnent. J’ai vu aussi des séries comme The Wire, Oz, Deadwood… J’ai réellement fait un 180° à ce niveau-là.

Je dirais surtout que la série est complémentaire au cinéma. Les arguments façon « c’est cinématographique » ou « c’est comme au cinéma » me dérangent toujours. Le principal atout d’une série doit rester sa durée, tout simplement. On peut raconter des choses plus en profondeur, profiter des personnages et s’attacher à eux pendant plus longtemps… Si l’esthétique suit, c’est très bien, d’ailleurs tu m’as notamment recommandé The Knick, et c’est toujours un plus dans ce cas-là. Mais ressembler au cinéma n’est pas vraiment un atout des séries pour moi. Pour parler d’une série surestimée récente, Stranger Things m’a dérangé à ce niveau-là. Justement, dire que c’est « comme des films des années 80 », ça n’est pas vrai du tout, ça essaye de le faire mais c’est tout de même une image moderne, ça n’est pas la même chose. Il ne faut pas trop miser là-dessus à mon sens.

Je n’essaye pas de me dire « telle série est meilleure que tel film », c’est complémentaire et c’est surtout que lorsque les séries exploitent au mieux leur potentiel, comme celles citées au-dessus, ou The Shield qui peut concurrencer pas mal de films policiers/d’action, c’est lorsqu’il y a un créateur solide derrière qui tient l’ensemble du début à la fin, des vraies idées à proposer que le format prend tout son sens. Dans le cadre de The Shield, l’idée était de proposer une série qui suit des flics de très près, comme l’a fait Cops, où le 4:3 avait un sens, quasiment tout le temps en caméra épaule, à la mise en scène sèche et nerveuse (mais toujours lisible, pas comme Les Experts récents) pour nous immerger à fond dedans. Cela n’a justement rien à voir avec toutes les séries policières procédurales, déclinées à gogo sur ces dernières années. Oz, lorsqu’on y repense, c’est une série de malades ! Proposer, en 1997, une série aussi violente et mature, ça a été un énorme choc qui a inspiré une tonne de séries par la suite. Il y avait une bonne grosse mise en scène, et chaque épisode abordait un thème différent (la peine de mort, la drogue, les meurtres, l’homosexualité…) et des chaînes comme HBO permettent d’aller plus loin que ce que l’on peut faire au cinéma. Ça n’est pas toutes les séries, c’est minoritaire, mais il y a des choses que l’on peut voir dans des séries que l’on ne peut pas voir au cinéma. Et inversement.


Mad Men - "Une des séries récentes qui ont montré qu’elles n’avaient pas à rougir de la comparaison avec le cinéma."



Et les séries sur Cinelounge ?

J’ai fait partie des militants pour ajouter les séries sur Cinelounge pendant un certain temps. Cela faisait aussi partie des raisons pour lesquelles je me suis inscrit sur SensCritique, pour avoir tout de rassemblé au même endroit. Maintenant que SensCritique permet de noter les séries, les saisons, les épisodes, cela n’a plus vraiment de sens d’essayer d’avoir cela sur Cinelounge. Et en même temps, je respectais totalement la volonté de tadanobu de rester sur le cinéma. Je voulais les avoir car cela aurait été sympa d’échanger sur des séries sur Cinelounge, mais qu’on s’en tienne au cinéma n’est pas plus mal. Pour moi, le débat est finalement devenu obsolète, et je n’y pense plus vraiment.

Y a-t-il un film, outre ceux que l’on a cité, que tu souhaiterais absolument mettre en avant auprès de toute la communauté ?

Sur Cinelounge, les découvertes ne peuvent pas passer inaperçues longtemps. Il y a quelques années, j’aurais conseillé Johnny s’en va-t-en guerre, mais maintenant le film a 108 notes… Il était encore relativement méconnu il y a quelques années, en tout cas sur Cinelounge, et il a été plutôt redécouvert. Sinon, ce serait des films qui m’ont retourné la tête, sans que ce soit au sens du twist, comme celui-ci ou Punishment Park, qui est absolument visionnaire, avec des années d’avance sur la télé-réalité, le voyeurisme… J’avais été totalement scotché. Je peux citer également Réveil dans la terreur, Bad Boy Bubby, Schizophrenia… Ou Parents, qui est un film très surprenant, sur lequel il faut en savoir le moins possible avant de le lancer. J’essaye de le proposer à des gens en leur disant « fais-moi confiance ». Il y a beaucoup de petites pépites méconnues dans les films de genre, pour beaucoup de raisons : parfois car ils ont été censurés, d’autres fois car ils ont bidé complètement…

Nous avons souvent discuté ensemble des changements de sensibilité de certains membres de Cinelounge, que nous connaissons parfois bien, et qui l'ont traduit par une métamorphose complète de leur profil. Ça n'est pas une mince affaire mais c'est quelque chose d'intéressant ! Tu nous en dis plus sur ton point de vue ?

La question épineuse que voilà, merci pour le cadeau ! Eh bien comme j’ai pu le dire sur le site, j’avoue avoir du mal à comprendre car ça ne correspond pas à ma vision de la cinéphilie (trololo). Je pense avoir construit la mienne sur plus de quinze ans maintenant, de façon très progressive et sans intellectualiser trop le truc non plus. J’ai bien sûr dévoré pas mal de films quand j’étais étudiant, mais pas autant que les records actuels. Déjà je suis content d’arriver à écouter 400 albums par an grâce à mon boulot, mais voir plus de films que ça, je ne peux pas du tout, j’en étais à 130 pour 2016. Ceci dit je suis en plein dans une période cinéma en ce moment, j’ai un peu mis en pause les séries et mes jeux vidéo, on verra bien si ça dure.

Donc ce que je pense de cette nouvelle tendance, c’est que c’est une approche bien différente du cinéma que celle que nous avons connu (les vieux cons, eh oui). A titre personnel, je trouve qu’Internet c’est absolument génial pour la cinéphilie, mais ça permet aussi de consommer en quantités à peine imaginable il y a seulement vingt ans, au lieu de savourer. Je ne dis pas que c’est forcément mal, juste différent. Ceci dit je pense qu’il y a un risque à vouloir brûler les étapes et à tenter du cinéma peu accessible sans avoir assimilé le « palier » précédent (il y a des listes très drôles à ce sujet). Personnellement, j’essaye toujours de reste curieux et ouvert, mais en restant mesuré.

Un changement profond de sensibilité comme Yorda, qui a baroudé, changé plusieurs fois de pays, vécu avec des colocataires de toutes origines, beaucoup lu sur le cinéma, je la comprends parfaitement maintenant. Pourtant j’ai fait partie de ceux qui ont trollé ce changement radical avec baisse de notes assassines à la clé. Je pense qu’être cinéphile ce n’est pas qu’être ouvert au cinéma mais aussi (et surtout) au monde. J’ai un peu vécu au travers du cinéma à une époque, j’ai fini par me rendre compte que toutes mes références tournaient autour de ça, et ça a quand même de sérieuses limites. J’ai beau adorer les documentaires qui font découvrir le monde entier, des gens dont je n’aurais jamais entendu parler, des expériences hors du commun, regarder un film ne sera jamais pareil que voyager. Même si je l’adore toujours, le cinéma prend aujourd’hui moins de place dans ma vie, et je ne vois pas ça avec tristesse, j’ai simplement diversifié mes centres d’intérêts. La musique en premier lieu est devenue beaucoup plus importante pour moi, et assez rapidement je dois dire, mais je trouve ça génial d’avoir relancé cette soif de découvertes et de connaissances. Voilà, désolé si c’est encore une question pourtant intéressante que j’ai totalement détournée !

Pour finir, je souhaite un très joyeux anniversaire à mon ami blazcowicz, et je le remercie pour le temps accordé à cet entretien ! même si je devrais me remercier moi-même vu le temps qu'a pris la transcription OMG


Commentaires
tadanobu 14/01/2017 09:10:43
Bravo et merci à Schaffer et Blazco pour cette interview qui permet de mieux connaître la personne et pas seulement le cinéphile.

J'en profite pour remercier à titre personnel blazco pour son travail de longue haleine depuis des années. Blazco est bien plus qu'un bras droit et je me demande vraiment comment le site aurait pu fonctionner à certains moments sans lui.

Et, bien sûr, joyeux anniversaire !

PS : petit erratum, je n'ai jamais mis 10 à LE. Ma note n'a jamais changé :hap:
Park_Chan_Wook 14/01/2017 10:09:41
D'ailleurs, Tada, peux-tu me dire à quel date précisément Cinélounge a ouvert ? Et qui sont les membres inscrits lors du premier mois ?

Sinon, superbe interview. Toute la partie sur le Bataclan est vraiment émouvante sans avoir besoin d'aller dans le pathos.
banana 14/01/2017 10:32:16
Merci les gars. C'est toujours très agréable à lire, ces interviews de piliers du site.
Et bon anniversaire, bonhomme!
hannormal 14/01/2017 10:47:49
Bravo et Joyeux anniversaire, Blazco !
hannormal 14/01/2017 10:49:36
Sinon, Park, a priori, le site a été "ouvert au public" le 08/12/2009.
kaelin 14/01/2017 11:04:16
Bon anniversaire Blazco et merci à tous les deux!
PS: je ferai un com plus tard sur la gazette, mais je tiens à affirmer que je fais autant de réflexions salaces dans la vie que sur le site :rire2:Message édité
Parkko 14/01/2017 11:24:23
Bon anniversaire.
C'est une bonne idée de revoir tous ses films du top 50 tiens (ou dangereuse si on se rend compte qu'en fait on a un top tout pourri lol).
Les deux séries documentaires / procédurières dont tu parles me faisaient déjà envie, mais je crois que Making a murderer va être ma prochaine série à visionner dès que j'ai terminé celles en cours là.

Ah j'étais pas au courant du truc de FandeDQ "caution cinéphile". Ce que j'apprécie justement chez blazco (enfin je le connais pas, je veux dire à travers ce qu'il en dégage) c'est justement la sincérité de ses propos et de ses notes. Pas que les membres trichent mais j'aime le fait qu'il ait pas peur de foutre une mauvaise note à un film hype sur CL ou alors de foutre une bonne note quelque part où il sera un des seuls. Je l'ai déjà constaté sur plusieurs fiches de film, et y a eu des moments sur CL (je le ressens beaucoup moins maintenant qu'à une époque) ou justement c'était pénible la pression des autres membres si jamais on venait à mettre une note moindre à un film "wé tu vas le faire sortir du top 50 merci bien".
Et puis ça va de pair avec le côté respectueux que tu dégages sur le site ou sur le forum ciné de jv

J'en profite pour te remercier du travail accompli sur CL, à en croire les propos de tadanobu, sans toi le site aurait eu beaucoup de mal à tourner à certains moments.
Nashashin 14/01/2017 11:42:22
Belle interview !

Concernant l'utilisation Tableur Excel de CL, beaucoup de membres ne rédigent rien mais peuvent lire beaucoup ! (par exemple, ça fait un mois que je suis sur le site, j'ai pas écrit plus de deux trois commentaires pourtant je lis quasiment tout à chaque nouveau film que je regarde !)
Dimitri 14/01/2017 11:56:02
Très belle interview, merci encore ! Et joyeux anniversaire ! :-)
frankwa 14/01/2017 12:28:24
Je rejoins Parkko sur la question de la "caution cinéphile", en allant jusqu'à dire qu'une bonne note de blazco à un film "de cinéphile" (pour reprendre l'expression, ou disons un film non-mainstream) attise ma curiosité; à l'inverse un chez membre dont la notation dit en gros "j'aime tout sauf le mainstream" il est souvent difficile de différencier les vrais coups de coeur, du coup ça incite moins à la découverte.