Lou et l'île aux sirènes

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Commentaires
ein 11/06/2018 23:31:08
Qu'il était beau ce Yuasa mon dieu...J'en aurais mis du temps à le visionner, je n'ai jamais osé franchir le pas en fait, au vu du trailer, des divers extraits que j'ai pu voir, j'avais tellement peur de la déception (pour un réal qui a fait un quasi sans faute jusqu'à aujourd'hui) et pourtant quelle claque mazette!

Le Yuasa le plus accessible ? Sans aucun doute et le plus incroyable c'est que le type a su faire une oeuvre certes plus gentillet dans la forme, dans sa narration, dans ses délires visuelles qu'on lui connait tous avec ces déformations organiques et de cadrage en tout genre mais Lou et l'île aux sirènes conserve vraiment l'essence même de son cinéma, ce cinéma qui nous déconnecte de la réalité pendant 1h30 ou pendant plusieurs épisodes de 25mn pour nous faire entrer dans son monde totalement exubérant.

Pourtant non, Lou... n'est pas le plus ingénieux d'un point de vu narratif (alors que Yuasa fait toujours preuve d'imagination à ce niveau là), il est au contraire très calibré dans l’enchaînement de ces péripéties, c'est du déjà vu bien entendu, le film suit un schéma bien précis du début à la fin
Est-ce pour autant handicapant? Franchement il y a une telle envie dans ce film, une telle générosité, une telle passion, un tel amour, une telle humanité qui se dégage de ce long métrage, que non putain, je peux pas lui en vouloir pour ça... c'est du bonheur du début à la fin.
Certes tout est linéaire, les métaphores visuelles sont moins présentes, mais l'oeuvre en à des choses à dire, à montrer.

L'action se déroule dans un petit village de pécheur, très marginal, avec très peu d'habitants, et c'est l'occasion pour Yuasa d'aborder des thèmes que je n'ai vu nul part ailleurs dans le cinéma d'animation japonais.
Le métrage parle d'adolescents, qui vivent leur petites vie d'ado, avec passion, doutes, angoisses, incertitudes quant à leur avenir, comment pourrait-on être sur de son avenir quand les grandes villes nous paraissent si lointaines, et que les nouvelles générations sont partagés entre désir de découverte avec peur de l’échec et reprise des affaires familiales dans le domaine de la pêche?
Les 3 personnages principaux et surtout Kai se découvriront suite à leur rencontre avec Lou et feront exploser leurs sentiment les plus enfouies au travers de la musique : Et quelle musique!! une des meilleures composition de sa filmographie.
Yuasa aborde aussi le sujet du tourisme dans ce genre de petite ville (pas vu ça souvent ), ce que cela engendre sur la pêche et comment un être atypique peut vite devenir une attraction de foire voyeuriste qui alimente les réseaux sociaux.

Le film est tantôt euphorique, émouvant, délirant, d'ailleurs j'ai pas autant ris devant un film d'animation depuis un bail, mais quel humour quoi... c'est tellement génial, c'est du non-sensique mais qui ne semble tellement pas gêner la population, mention aux poissons morts vivants :rire:

J'en fais beaucoup d'éloge et pourtant il y a, je trouve, quelques gros problèmes de transition entres les différentes scènes et tonalités qui font que le rythme en pâtit beaucoup, j'ai trouvé par exemple toute la dernière séquence de l'évacuation assez étrange dans son déroulement, je ne saurais pas trop expliquer pourquoi...

Il faudra s'habituer au visuel de celui-ci, c'est du Yuasa assez atypique, habituellement je trouve qu'il y a une belle homogénéité entre les personnages et l'univers dans lequel ils évoluent, ici on a des personnages très peu détaillés, lisses comme dans ses autres oeuvres mais qui se baladent dans des décors à l'aquarelle plus granuleux, terne, réaliste, c'est assez étrange au départ mais on fini par s'y habituer, et surtout on commence vraiment à s'attacher à ce petit village avec sa tour radio, sa fourrière, ses commerces, ses rues, c'est un environnement très intime pour lequel le choix de l'aquarelle est judicieux pour le coup, on s'y sens proche de cette petite ville, j'ai envie d'y vivre perso....
Comme d'habitude, même si c'est plus sage ici, Yuasa nous gratifie de séquences à l'animation à couper le souffle, des séquences plus nerveuses où l'on retrouve sa fascination pour les corps qui se déforment ( le papa requin, c'est juste une triple baffe dans la gueule ce moment là, en plus d'être hyper émouvant), d'autres moments plus calmes, plus sereins où le temps s'arrête quelques secondes, les bruitages sonores peuvent diriger la musique (les poissons qui tombent un peu à la façon des balles de Ping Pong dans l'anime éponyme), ce film est un peu régal pour les yeux et les oreilles.

J'aime pas faire ce genre de critique un peu trop détaillé, mais vraiment ce Yuasa n'est peut être pas son oeuvre la plus aboutie, c'est même son oeuvre la plus perfectible mais c'est celle qui m'a le plus touché, qui m'a le plus fais rire, le plus fais pleurer, celle qui m'a fait comprendre une fois de plus que l'animation était un cinéma du coeur et de l'enfance, et je pense que quand je serai blasé ou déprimé comme le personnage principal, Lou et L'ile aux sirènes me permettrais d'économiser une séance de psy non remboursé par la sécu.

Le feel good movie par excellence.Message édité
kroom 19/08/2018 23:49:30
bardamu :-)))
Yayap 27/07/2019 17:58:26
C’est en effet ce que j’ai vu de plus classique chez Yuasa jusqu’à présent, au niveau de la narration comme des personnages. On sent qu’il voulait faire un truc plus accessible, peut-être toucher un plus large public ? Forcément, le film fait un peu penser à Ponyo pour son idée de départ (l’influence me semble d’ailleurs assumée : j’ai cru voir un clin-d’oeil visuel explicite vers la fin du film) sans en être un décalque, loin de là. En fait, comme Miyazaki, Yuasa utilise l’univers de son film pour exploiter toutes les possibilités d’animation offertes par l’élément aquatique. Et là il se lâche complètement, on sent encore une fois son talent pour créer une animation fluide, ultra-dynamique dans son mouvement, et qui ne ressemble à rien d’autre.

A la différence d’autres de ses oeuvres, il justifie ses délires scénaristiquement et les cantonne un peu aux éléments fantastiques, tandis que le reste du film se veut plus posé et classique dans l’animation. Les séquences de danse, celles sous l’eau ou encore la fantastique scène de l’intervention du papa requin sont autant d’énormes moments de bravoure animés qui portent la même folie et la même liberté que les meilleures scènes de Mind Game, Kaiba, Ping Pong ou TTG.

Alors, ce n’est pas forcément son film qui m’a le plus happé dans l’ensemble. Notamment à cause de la durée, du fait qu’il y avait quelques temps morts, mais aussi que j’ai moins été pris par le personnage principal. C’est, comme souvent chez Yuasa, un loser qui doit apprendre à s’ouvrir au monde, mais disons que je préfère le côté très expressif et délirant de ces persos qu’on adore détester dans Mind Game ou TTG que celui-ci.

Ceci dit ça reste jouissif, émerveillant et éminemment créatif sur la plupart des tableaux. Je suis vraiment curieux de voir comment Yuasa va persévérer dans cette voie (puisque son film suivant a également l’air plus classique).
tadanobu 03/01/2020 15:45:49
Désolé de casser l'ambiance mais j'ai pas trouvé ça génial. En fait, c'est beaucoup trop enfantin. Ca balance des thèmes vus et revus en apportant les réponses les plus niaises qui soient. Alors je comprends tout à fait qu'on y trouve une puissance émotionnelle, mais le scenario justement c'est un gros n'importe quoi plein d'incohérences qui gâche pas mal le tout. C'est un peu pareil pour la musique, c'est une très bonne idée de l'utiliser et l'utiliser autant, mais quand c'est fait pour souligner des trucs à ce point ça me donne le même ressentit que des gros violons hollywoodiens qui essaient de nous tirer quelques larmes à des moments bien précis. L'animation est sympa mais sans plus, pas très originale. Par contre le style des flash-back est très réussit. Vraiment le genre de truc que j'aurais dû montrer à des petits et non pas mater pour mon plaisir personnel.
EIN 06/01/2020 00:50:04
La note de merde
Je l'ai vu moi !

"Ca balance des thèmes vus et revus en apportant les réponses les plus niaises qui soient."

Rhoo c'est un peu naïf mais niais je trouve ça méchant :hap:
Franchement dans le milieu de l'animation c'est la première fois que je vois un film traiter ce genre de thématique : Le milieu de l'adolescence n'est pas nouveau mais quand on nous présente des ados vivre dans une population assez vieillissante où le commerce est en déclin, où le tourisme se pointe avec les conséquences que cela implique et tous les questionnements juvéniles qui vont avec où justement cette petite ville n'est pas juste un simple décors mais alimente les sentiments de ses adolescents qui ont peur de s'engager (le japon moderne est un autre monde incertain), je trouve pas ça vu et revu dans le traitement.
Alors oui c'est gentillet, ça pourrait être plus creusé, ça ne gratte parfois qu'en surface et le prochain argument que je vais te sortir n'aura aucune valeur à tes yeux :hap: mais...Masaaki Yuasa est vraiment sincère dans ce qu'il veut raconter, c'est typiquement le genre de production destiné au plus grand nombre (et peut-être pour une fois chez lui à un public très jeune) mais il garde je trouve cette beauté/angoisse de la réalité qui parcours son oeuvre depuis le début.

"mais le scenario justement c'est un gros n'importe quoi plein d'incohérences qui gâche pas mal le tout"

Bon là je pourrais pas te répondre, je fais jamais gaffe à ce genre truc.


"C'est un peu pareil pour la musique, c'est une très bonne idée de l'utiliser et l'utiliser autant, mais quand c'est fait pour souligner des trucs à ce point ça me donne le même ressentit que des gros violons hollywoodiens qui essaient de nous tirer quelques larmes à des moments bien précis."


Chez Yuasa j'ai du mal à dissocier la musique de l'image, surtout quand celle-ci est le thème central du film, le solo de Kai à la fin s’intensifie à la même allure que l'animation, les deux se répondent mutuellement, elle accompagne les parapluies qui ne sont pas sortis par hasard, elle répond à une angoisse d'un vieille homme aigri et nous fais revivre avec lui un épisode douloureux de sa vie (bon ça va tu trouves les flashback réussis c'est déjà ça :hap: ) , elle libère un jeune homme à la fin et rassemble tout le monde, c'est beau et tout plein de naïveté, ça me plait moi.

" L'animation est sympa mais sans plus, pas très originale."

Alors d'un point de vue technique c'est la première fois qu'il utilise de l'animation flash à 100% il me semble, d'ailleurs ça n'a pas fait consensus, beaucoup regrette son style plus traditionnelle et fourre tout à la Mind Game mais moi je trouve ça vraiment apaisant comme évolution, les fulgurances sont là à certains moments, c'est plus posé de manière générale, je trouve que ce type d'animation fait des merveilles quand il s'agit de mettre en mouvement l'eau et les personnages qui y sont en contact (la séquence de l'évasion des chiens est une de mes préférés).
Je pense que ça sera encore plus maîtrisé das Ride you wave.