A Beautiful Day

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Commentaires
Harron 14/11/2017 23:36:39
Comment c'est possible de mettre "1" à ce film, les personnes en question peuvent expliquer ?
Melaine 14/11/2017 23:56:33
Harron A vrai dire j'ai hésité avec 2, parce que la question du film, à savoir celle de la banalisation de la violence dans les images, me semble intéressante, et certaines idées de mise-en-scène aussi (le parallèle caméras de surveillance/réalité, la fille qui garde les yeux ouverts quand il lui dit de les fermer...). Sauf que le film, non-content de poser simplement la question, préfère y répondre par le fameux et fascisant "il n'y a pas d'autre issue que la violence", et tombe complètement dans le piège de ce qu'il cherchait à interroger, devenant par la même occasion vraiment douteux (pour ne pas dire nauséabond).

Par ailleurs, j'ai trouvé que tout ça baignait dans une forme de fausseté plutôt vulgaire : tout ce que l'on voit à l'écran n'est qu'une reproduction de ce qui a été vu non pas dans la réalité mais dans les films (à l'image du héros mutique "incarné" -si on peut encore parler d'incarnation- par un Joaquin Phoenix qui n'est pas crédible une seule seconde), il n'y a aucune forme de vérité, même dans les moments plus sentimentaux qui semblent pré-fabriqués. Sans parler des choix de cadrage et de musiques franchement lourdingues par moment tant ils sur-appuient tout.
Ineusleau 15/11/2017 00:11:26
"Il n'y a pas d'autre issue que la violence"

Dans le sens "Ne parlez pas, ça sert à rien, battez vous pour faire avancer les choses" ?
Dirty_Flichty 15/11/2017 02:50:33
Si tu trouves ce film nauséabond™ (comprendre : "c'est violent"), j'ose même pas imaginer ce que tu peux penser d'un VRAI film de vigilante bien réac comme il faut. Ici Lynne Ramsay détourne ce genre bien précis pour raconter autre chose. Rien que le profil du personnage principal, âme torturée, psychologiquement atteint par une vie faite de violence en tous genres suffit pour comprendre qu'on n'est pas devant un énième film de vengeance avec bourgeois propre sur lui qui va dessouder du délinquant parce que sa femme/fille/famille s'est fait violée/tuer.
Donc non, le propos n'est pas "Il n'y a pas d'autre issue que la violence".

En fait c'en est même l'antithèse, tout est dit dans le plan à la fin où Joaquin Phoenix trouve le cadavre de l'homme qu'il est venu tuer et s'effondre, entre rire jaune et sanglot, devant l'absurdité de la situation.
Mais il faut savoir faire la différence entre la psyché d'un personnage et ce que veut raconter l'auteur d'un film, c'est pas forcément évident je sais.

"la question du film, à savoir celle de la banalisation de la violence dans les images"
"le parallèle caméras de surveillance/réalité"
?
Alors je me trompe peut-être hein, mais j'ai l'impression qu'une fois de plus tu vas voir un film avec cette même grille de lecture en tête que tu ressors à tout bout de champ. Je vois absolument pas à quel moment le film essaye de questionner/raconter ça.

Par contre en effet je trouve intéressant la représentation de la violence et j'étais surpris, alors que les expressions "ultra-violence" ou "violence gratuite" revenaient souvent dans les critiques (lieux communs journalistiques des plus ennuyeux quand on les sort un peu de leur zone de confort), que celle-ci soit montrée soit hors champ, soit via la conséquence de l'acte. Mais JAMAIS l'acte en lui-même, à part à un seul moment : le suicide imaginaire final. Je pense que c'est pas anodin, je vais cogiter un peu là-dessus.Message édité
Melaine 15/11/2017 03:25:30
Je ne connais pas très bien le genre du vigilante... Mais je suis d'accord pour dire que ce n'est pas aussi simple et évident que ça (ne serait-ce qu'avec la scène que tu cites, ou la relation avec la mère et la fille, qui montrent bien qu'on n'est pas devant un film complètement nihiliste). Reste que la violence est présentée ici comme la seule façon de se sauver (et de sauver l'autre), et ça c'est quand même problématique.

Je ne vois pas de quelle grille de lecture tu parles, devant un film j'essaie au contraire de poser le regard le plus innocent possible, me débarrassant au maximum de ce que je sais -ou crois savoir- sur le cinéma.
Mais cette question-là m'a semblé se révéler à travers plusieurs motifs : la multiplication des plans de vitre ou miroir (avec notamment la lutte dans la chambre d’hôtel en hors-champ et la caméra qui vient se glisser à l'endroit du miroir pour montrer le cadavre plein de sang : la violence est dans le reflet, dans l'image ) ; la scène des caméras de surveillance, qui trouve une correspondance avec la scène presque-finale, filmée de la même façon mais directement "dans la réalité", comme si le filtre des images avait fini par s'effacer ; le moment où Joaquin Phoenix dit à la fille de ne pas regarder mais qu'elle garde quand même les yeux ouverts, sans broncher (et même chose à la fin, lorsqu'il se suicide et que personne ne réagit (je sais que c'est rêvé, mais quand même, ça a du sens) ) ; la mère qui regarde Pyschose à la télé toute seule le soir ; les souvenirs du héros qui viennent le hanter sous forme de flashs... Et sûrement d'autres encore, je n'ai plus précisément le film en tête. Message édité
Melaine 15/11/2017 03:39:14
D'ailleurs ça m'a un peu fait penser à L'homme des vallées perdues de George Stevens, qui est un film assez visionnaire sur cette question-là (qui anticipe notamment le Nouvel Hollywood).
Zoomat 15/11/2017 07:47:57
Franchement autant j'ai trouvé le film bien lourdingue dans ses ficelles, autant j'ai du mal à comprendre comment on peut y voir du fascisme, le personnage de Phoenix est quand même loin d'être cruel et insensible, et généralement comme dit plus haut la violence est montrée hors champs, plutôt comme une terrible fatalité qu'une nécessité.
NoMaure 19/11/2017 20:03:36
"Reste que la violence est présentée ici comme la seule façon de se sauver (et de sauver l'autre), et ça c'est quand même problématique. "

Le film questionne justement ceci avec le paradoxe de ce personnage qui est contraint d'user de la même violence qu'il a du subir pour sauver d'autres âmes de cette même violence. Ce qui en définitive ne marche pas.

Et tant qu'à faire, mon avis :

Vraiment très étrange. Passons sur l'absurde prix du scénario décerné par un jury Cannois qui n'a pas manqué de nous étonner cette année, l’intérêt ne se situe pas dans la trame, assez convenue malgré des prémices prometteuses, mais ailleurs.

You Were Never Really Here, c'est d'abord une esthétique. Celle de la réalisation très - peut-être un peu trop - stylisée de Lynne Ramsay où tout est prétexte à nous faire rentrer dans la psyché du protagoniste, avec plus ou moins de réussite. Ainsi à de jolis moments de bravoure cinématographique comme le "ballet des caméras" ou encore l’immersion dans le lac succèdent quelques couacs, comme ces flash-back grossiers et pas très bien réalisés sur le passé de militaire du héros.

Mais ce que la réalisatrice ne parvient à exprimer formellement, elle le fait grâce à son acteur principal. A ce rôle de loner ancien militaire/agent du FBI hantés par ses démons, Joaquin Phoenix apporte une ambiguïté et une intensité qui plus que de sauver le film, assurent sa réussite. Touchant dans ses interactions avec sa mère et les jeune victimes qu'il sauve chaque jour, troublant de par les accès de brutalité dont il fait preuve, le personnage se transforme en véritable figure tragique condamnée à préserver l'innocence enfantine de la violence qu'il a pu subir, mais en répétant cette même violence.

C'est donc grâce à son protagoniste et son acteur vedette que le film de Ramsay échappe au statut d'objet clinquant et poseur pour gagner une épaisseur salvatrice.
Zoomat 19/11/2017 20:40:06
Le scénario ce n'est pas seulement l'intrigue.