Hôtel Monterey

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Commentaires
BobbyWatson 13/06/2022 15:50:46
Avis

Déçu ?

Le pitch était pourtant prometteur : un documentaire, portrait intimiste d'un hôtel new-yorkais pour marginaux ? YES, please (en anglais dans le texte).
Mais la première chose qui frappe est bien sûr l'insonorité du film. J'ai dû arrêté mon visionnage pour me renseigner une seconde et confirmer qu'il ne s'agissait pas d'une erreur technique. Non, le docu est bien silencieux. Pas muet: silencieux.

Pourquoi pas hein, ça permettra de mieux se concentrer sur l'image (ou même le montage ?), mieux regarder. Mais je commence tout de même le film avec une pointe de tristesse car dans les films de captation d'un certain lieu comme cet hôtel, c'est surtout l'ambiance sonore qui fait sa saveur pour moi, même si une absence de personnage et de dialogue ne m'aurait pas dérangée le moins du monde.

Mais voilà, 1h de captation insonorisée, c'est long.

Le début était sympa, pourtant. On est dans le lobby, on voit des clients passer, parfois furtivement, parfois en fond, parfois plus frontalement. On passe dans l'ascenseur où l'on reste quelques minutes, à voir des gens descendre et monter. C'est la séquence qui m'a le plus plue : on a un effet de caméra de surveillance avant l'heure, du passage et du mouvement, des visages, des vêtements. Le son absent ne se fait même pas ressentir, on a même droit à des petits gestes de la tête ou de la main en direction de - je suppose - la réalisatrice et de sa cheffe op. C'est pas mal du tout et c'est - n'ayons pas peur des mots - le passage le moins chiant du film. On retrouve même des clientes en fond qu'on avait déjà vues sur les plans précédents, ce qui donne à l'hôtel un sentiment de vie, qu'il y a des habitués, ou des sortes de "piliers de lobby". Ca a son charme.

Mais suite à ça, on monte dans les étages. Des plans fixes - puis des travellings - dans des couloirs vides, sans passage, parfois une porte entrouverte, une chambre ou une salle de bain. On finira la nuit dans les couloirs avant de remonter le matin sur les toits (ouf, on respire un peu !). Des plans sur la ville, les châteaux d'eau, les gratte-ciels. On nous redonne quelque chose à voir de plus que des murs.

Mais bon, ce que je retiens de ces 60 minutes, c'est surtout deux bons tiers de couloirs vides. Des couloirs vides à l'image, plans fixes pour la plupart, et des couloirs vides de son - doit-on le rappeler ?

Je n'ai pas une grande passion pour la photographie, je l'avoue. Les images fixes et sans mouvement interne me lassent assez vite, mais bien sûr ça dépend de ce qu'on peut y observer. Et ici, j'ai plus affaire à une série de clichés un peu vide. Or, ces fameux couloirs sont loin d'être exceptionnels... On me parle de marginaux mais je ne vois pas grand chose qui l'affirme à l'image. OK, l'hôtel n'est pas particulièrement beau, propre ou chic mais c'est loin d'être un motel mal famé où les rats règnent en maîtres et où les clients drogués pissent sur la moquette (paye ton cliché). À la limite, lors d'une exposition photo, je peux promener mon regard plus ou moins rapidement sur cette dizaine de plans reconvertis en clichés, mais je déciderais moi-même du temps que je passe sur ces photos - ce que le film d'Akerman ne me permet pas.

En définitif, je ne trouve rien d'exceptionnel dans le sujet - ce qui n'est pas une tare en soi, on peut faire des films sur le quotidien, mais la forme ne m'aide pas à me passionner pour ce qu'on me montre. Le film m'a clairement ennuyé, mais surtout ne m'a jamais passionné, ou ému. Et pourtant j'avais franchement hâte.

Peut-être en attendais-je trop de Chantal Akerman ? Ou alors, peut-être ce film bénéficie-t-il trop de la renommée de sa réalisatrice et souffre de surcotation ? Ou alors je suis un idiot et je n'y connais rien...