Eva en août IMDb

La virgen de agosto
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Commentaires
Mordechaye 06/08/2020 19:43:08

Voyage en Rohmerie espagnole, forcément c'est fantastique.

Mordechaye 17/08/2020 15:19:50

On est loin de l'amour fou avec ta note

📢Melaine . T'as pas trouvé ça trop chouette comme film sauce Rayon Vert (tout en jouant à en être le parfait opposé) ?
Melaine 17/08/2020 17:07:06

J'ai quand même trouvé ça chouette ! (j'ai hésité entre 6.5 et 7, d'ailleurs :hap: )

Quelque chose me retient un peu néanmoins, mais j'aurais du mal à l'exprimer... Je ne trouve pas le film si rohmérien que toi, mais s'il fallait filer la comparaison avec Le Rayon Vert, je dirais qu'il y a une vitalité plus tenace, qui tient au corps, tandis qu'Eva en août se dissipe davantage - mais une fois posé ça je n'ai rien dit, et ça ne t'avance pas tellement, d'autant que la dissipation du film fait aussi sa beauté ; j'ai écrit ceci dans mon journal à la sortie de la séance (entre autres choses plus personnelles, j'extirpe seulement le passage où le film est évoqué), pas sûr que ça donne tellement plus à penser, je ne mentionne pas les "défauts", mais je ne trouve pas de mots appropriés pour qualifier ce qui m'apparaît comme étant des (petits) problèmes d'un film qui dans l'ensemble m'a plu :

Je sors à l’instant du cinéma, où je suis allé voir Eva en août, et ce film m’a mis dans la disposition d’un voyage à Madrid. Dès les premiers instants, j’ai été touché par la langue espagnole comme s’il s’agissait d’une langue que je ne connaissais pas ; comme si je découvrais son côté tendre et rêche, la chaleur sèche mais enveloppante pénétrant par l’oreille lorsqu’on l’entend parlée. C’est une langue très belle, et je l’avais oubliée. Autre bénéfice de ce film : une joie de la rencontre et des saveurs variées de l’été. Le moment, dit Eva, "où la société se relâche". Et où l’on sent, le jour comme la nuit (où la fraîcheur ajoute à l’agrément), un air vacant. Le plaisir de la fenêtre ouverte au mois d’août n’est pas seulement de faire entrer le soleil – que l’on aimerait d’ailleurs parfois tenir à distance en temps de canicule –, c’est aussi une petite faveur sensuelle que l’on s’accorde en accueillant chez soi les effluves relaxées de l’atmosphère. L’attachante légèreté du film provient d’une fenêtre gardée ouverte du début à la fin, d’où entrent et sortent cette belle lumière d’été et tous ces personnages trouvés sur le chemin d’Eva, permettant aussi aux quelques encombrements du scénario de n’être pas trop lourds, pris comme le reste dans la relâche de quinze jours madrilènes au mois du plein soleil. Je ne suis pas sûr de garder ce film en mémoire très longtemps, mais il m’a donné l’envie d’un verre en terrasse, lisant Proust (ou Emerson, comme Eva) ou discutant avec des gens, qu’ils soient amis ou rencontres d’un jour.

Message édité
Mordechaye 17/08/2020 17:39:22

Question de pur ressenti donc, puisqu'on s'accorde à peu près sur ce que tu écris par ailleurs.

Rohmérien au premier degré parce que film de vacances, film sur l'idée de vacances d'ailleurs, mais aussi film introspectif, dans un milieu plutôt bohème (à la fin du générique il y a même une liste des livres qui ont inspiré le tournage du film). Plus flottant parce qu'Eva ne subit jamais, au contraire de Marie Rivière, cette langueur un peu étrange, ce sentiment de l'été, elle est résolue à l'habiter pleinement dès le début du film et sa volonté n'est jamais remise en question. Peut-être que c'est justement ce qui en fait pour toi un film peu marquant. Ça me semble au contraire tellement simple et anecdotique que ça en devient très fort.

Melaine 17/08/2020 17:48:19

ah et, en passant, j'appuie la recommandation (faite au début du film par le propriétaire de l'appartement loué par Eva) à lire A la recherche du bonheur, de Stanley Cavell. C'est effectivement une étude très intéressante des comédies de remariage américaines des années 1930-40, et par la même du cinéma hollywoodien en tant qu'il engage son spectateur à faire acte de citoyenneté. Indépendamment de tout les voies qu'il ouvre vis à vis des sept films pris pour sujets (Un cœur pris au piège, New York - Miami, L'Impossible Mr Bébé, Indiscrétions, La Dame du vendredi, Madame porte la culotte, Cette sacrée vérité), il pose aussi quelques idées porteuses, notamment celle que la disparition du mouvement des suffragettes durant ces années-là tient en partie à un déplacement du champ politique, venu avec l'émergence d'Hollywood s'installer dans le cinéma, et quelques uns de ses grands films prendre en charge la question du féminisme à la suite des suffragettes, avec pas tellement moins de "force d'action" malgré l'éloignement du militantisme. 
(je me demande d'ailleurs si Cavell parle quelque part de James L. Brooks ; je serai prêt à parier qu'il dirait le plus grand bien d'un film comme Pour le pire et pour le meilleur)

Melaine 17/08/2020 17:50:42

📢Mordechaye tiens, je n'ai pas vu la liste de livres ! Tu as noté ou retenu des titres ? Je serais curieux d'y jeter un oeil. :o)) 

Melaine 17/08/2020 21:21:43

Mordechaye a écrit :

Question de pur ressenti donc, puisqu'on s'accorde à peu près sur ce que tu écris par ailleurs.

Rohmérien au premier degré parce que film de vacances, film sur l'idée de vacances d'ailleurs, mais aussi film introspectif, dans un milieu plutôt bohème (à la fin du générique il y a même une liste des livres qui ont inspiré le tournage du film). Plus flottant parce qu'Eva ne subit jamais, au contraire de Marie Rivière, cette langueur un peu étrange, ce sentiment de l'été, elle est résolue à l'habiter pleinement dès le début du film et sa volonté n'est jamais remise en question. Peut-être que c'est justement ce qui en fait pour toi un film peu marquant. Ça me semble au contraire tellement simple et anecdotique que ça en devient très fort.



Aussi, pour prolonger un peu ce que tu dis du côté flottant : une jolie indulgence vis à vis d'éléments ou relations qui parfois s’avancent et semblent prendre de l'importance puis soudain se retirent, tandis que le film, qui aurait pu les conserver de force au premier plan, laisse libre cours à leur retrait, moins par pudeur que, à nouveau, par esprit de vacances. Quand Eva se met à lire Emerson sur le conseil de son hôte, on pourrait croire qu'une ligne sera tracée pour les 2h, accomplissant le programme philosophique annoncé par le proprio (émancipation féminine / perfectionnement moral) avec le livre comme fil rouge, et c'est ce que le film commence d'abord à faire, jusqu'à ce moment où le pote d'Eva, le cultureux râleur et trop bavard, lui parle par hasard de perfectionnisme, à quoi elle répond d'abord "à propos de perfectionnisme...", hésite un temps, puis décide subitement de garder pour elle Emerson et sa pensée, dont on devine qu'ils lui sont venus à l'esprit à l'entente du terme central de sa philosophie mais qu'elle préfère, à ce moment, ne pas mettre sur la table, comme pour préserver l'intimité de sa lecture, avec ce qu'elle peut comporter de petits chamboulements dans sa vie ou de rapports ténus, peut-être non-partageables, entre le livre et son propre vécu (on peut aussi le deviner). A partir de cet instant, nous n'entendons plus parler d'Emerson, ne voyons plus Eva lisant ; tout cela, qui semblait fondamental, reste sur le bord du film, par simple respect du choix discret de l'héroïne, à peine formulé mais entendu par un cinéaste attentif à ne pas faire son petit commerce sur le dos de ses personnages.


Cela étant dit, je crois que je vois un peu mieux ce qui me retient : c'est ce qui tourne autour de  la grossesse . J'ai eu le sentiment qu'il y avait là un raccord trop brutal entre divers éléments que je croyais pris dans la relâche de l'ensemble (le découvrement des hanches un peu larges d'Eva, sa pudeur au moment de se baigner, sa tendance à poser ses mains sur son ventre, les conversations autour des règles et du cycle des planètes, son espèce de spleen évidemment...), tout convergeant brusquement, certes sans que ce soit dit mais avec une logique de signes un peu trop "écrite", vers la fameuse annonce, et la comparaison grossière faite par la fille entre Eva et la vierge Marie - qui explique aussi le titre du film. Bien sûr, ça ne se produit pas avec autant de violence et d'une ligne si sèche que celle que je trace en disant les choses ainsi, mais il y a quand même, je trouve, une certaine rétractation du film qui me paraît dispensable.
Mordechaye 17/08/2020 22:23:47

Non je n'ai pas pris de notes sur le moment et je ne suis pas sûr que ça puisse se retrouver sur internet (je me souviens qu'il y avait à nouveau le Cavell, j'imagine que le bouquin d'Emerson aussi). C'était une liste de 6-8 bouquins il me semble.

Chiffonnier 23/08/2020 00:11:05

J'ai lu tout vos échanges, mais j'ai du mal à passer outre les atermoiements petits-bourgeois/néo-bobos (hypostasiant l'intériorité) citoyens européens de gens pas très intéressants, avec un peu de féminisme facile sur font de racolage du combat des brigadistes .... J'ai moyennement apprécié je le confesse (même si sur la forme, la mise en scène etc c'était effectivement très intéressant !)

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