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Commentaires
Mordechaye 29/11/2019 09:27:33
"(Sic transit) Gloria Mundi" a de très gros sabots et ça m'a désolé une partie de la séance. Exit le film de refondation finalement très théorique qu'était "La Villa" pour un drame social pur jus avec sa misère qui tombe en continu, ses macronistes vraiment très méchants (on aurait pu nous annoncer qu'en plus ils mangeaient des enfants et ça ne m'aurait pas surpris). Je ne m'y attendais pas. C'est comme si Guédiguian opposait au mépris des classes dirigeantes et des petits pieds néolibéraux d'aujourd'hui son propre mépris à lui, à peu près aussi caricatural que ces gens qu'il honnit. A mon avis c'est une démarche complètement stérile.

Oui mais.

Il y a un "mais" puisque le cinéaste décentre intelligemment le regard via le personnage de Gérard Meylan qui pousse, de par sa position d'observateur légèrement excentré (de fait, il est hors-jeu depuis 20 ans) à se poser la question : et si c'était le seul moyen de vivre ? Parce que son personnage nous permet d'autopsier cette petite société de prolétaires et les mécanismes d’aliénation qui la contraignent, le film regagne en acuité sur le monde ce qu'il perd en subtilité. Au milieu du désastre de ces chemins de vie, quelques scènes arrachées aux nécessités du temps : celles d'un grand-père qui redécouvre la vie en se promenant avec la Gloria du titre, des haïkus jetés au vent, une conversation entre ancien et nouveau mari. Si ma note est si haute c'est que j'ai quand même fini par trouver le film bouleversant. Message édité
blazcowicz 29/11/2019 10:25:22
J'ai beaucoup aimé, sans trouver ça caricatural ni stérile franchement. Le mais que tu décris avec ce personnage est justement intelligent vu que le personnage cerne avec précision la prison dans laquelle vivent ses proches, alors qu'il est juste heureux de retrouver un peu de vie. De toute façon le film est loin d'être si binaire vu qu'on a un personnage contre la grève et d'autres qui font des erreurs tout à fait évitables, ce qui à mon sens les rend humains et touchants (même si je peux comprendre que l'accumulation semble facile).

Par contre la fin, on en parle ? Sur le coup je n'avais absolument pas compris que le type était censé être mort, il se prend un coup de pelle à plat sur la doudoune ET il a son casque, ce n'est ni crédible ni clair. Je ne comprends pas pourquoi le coup n'était pas porté à la tête, filmé différemment si c'était trop risqué au pire mais là c'est raté, dommage d'avoir une telle fausse note à un moment aussi crucial.
Mordechaye 29/11/2019 12:17:33
Pour moi on verse dans la caricature des "premiers de cordée" justement à cause de cet effet d'accumulation (sérieusement : esclavagistes modernes, cyniques, drogués, égocentriques, satyres, ...). Je sais que Grégoire Leprince-Ringuet a la tête de l'emploi mais quand même, le pauvre. C'est stérile parce que Guédiguian fait du cinéma militant et que ce film ne peut convaincre que la fraction de spectateurs déjà acquis à ses idées. De ce point de vue-là c'est donc un échec.

Maintenant je pense comme toi que l'intérêt réside ailleurs. Ce "mais" est d'importance puisque c'est lui qui fait toute la beauté du film et qui le sort de l'impasse dans laquelle il menace de s'engouffrer par ailleurs.
Mordechaye 29/11/2019 13:35:48
C'est aussi un film qui confirme, avec quelques autres sortis récemment (des Misérables au Joker tout naze de Todd Philips) la faillite du cinéma contemporain à proposer un contre-modèle et à se borner, au meilleur de sa forme, à une constatation. D'ailleurs je pense que ce n'est pas pour rien que le personnage d'Ascaride dans le film est contre la grève et dit au début du film quelque chose comme "Pff, ces cons ils se croient en 68." Si elle n'y croit plus, je pense que Guédiguian non plus. C'est peut-être ça le plus dramatique.

Je ramène encore à Godard mais à la fin du Livre d'images il y a cette phrase magnifique : “(…) et si même rien ne devait être comme nous l’avions espéré, cela ne changerait rien à nos espérances; les espérances resteraient l’utopie et seraient nécessaires.”

Dans Gloria Mundi il n'y a rien de tout ça.
blazcowicz 29/11/2019 14:36:11
Je ne vois pas du tout où est la nécessité de proposer un contre modèle, il y a quand même une tonne de classiques (contestataires ou pas) qui se "bornent" à faire un constat. La phrase du Godard est bien belle mais ça ne reflète pas vraiment la vie des gens modestes à mon humble avis :hap:
Mordechaye 29/11/2019 15:47:15
Il n'y a nécessité de rien. Dans "La Villa", Guédiguian posait la question de la refondation d'une communauté. Comment on fait quand les idéaux ont failli ? Est-ce qu'on peut faire autre chose ? Et il utilisait la cause migratoire pour renouveler les espérances des personnages (c'est là qu'on revient à Godard). Donc c'est un film qui proposait quelque chose, qui dépassait son constat.

Gloria Mundi revient à quelque chose de davantage balisé. C'est aussi le témoignage d'une certaine résignation du temps (les gilets jaunes sont passés par là, les "réponses" du pouvoir néolibéral aussi).
blazcowicz 29/11/2019 16:09:10
Je ne connais vraiment pas bien Guédiguian, je n'avais vu que L'armée du crime avant ce film, donc je ne saurais dire. Mais du coup c'est marrant parce que t'as mis 7 à La villa :hap:
Mordechaye 29/11/2019 16:23:14
Oui parce que je ne l'ai pas revu depuis sa sortie en salles, et que j'accorde une importance relative aux notes. Je suis plutôt critique envers Gloria Mundi parce qu'il y a des choses décevantes mais je trouve que c'est un film qui a aussi de belles qualités. D'ailleurs je le dis bien dans mon premier commentaire : le film finit par être vraiment bouleversant.
blazcowicz 09/12/2019 10:50:59
Du coup un certain lutece89 me fait douter depuis qu'il a vu le film : il est mort où il est pas mort le beau frère à la fin ? :hap:

Pour moi la scène est ratée qu'il le soit ou pas du coup, je comprends pas qu'un truc aussi important puisse être aussi flou.
Mordechaye 09/12/2019 11:17:48
Je pense qu'il est censé être mort mais ça n'a pas vraiment d'importance, si ?

Enfin c'est une scène qui vaut plus pour le sacrifice qu'elle suppose du personnage de Meylan que pour sa véracité.