La Chasse au lion à l'arc

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Commentaires
05/01/2015 16:25:11
@tadanobu je te le conseille, c'est fascinant :ok:
05/01/2015 17:28:22
J'ai déjà trop de Jean Rouch à voir :hap:
05/01/2015 17:34:39
1h15, ça passe très vite !
21/10/2016 00:03:24
Ce film m'a vraiment déplu.
Certes, il est intéressant de dévoiler les coutumes et croyances d'un peuple pour lequel on sent que le réalisateur éprouve un attachement sincère dénué de toute condescendance et pleinement respectueux d'un mysticisme qui ne place pas l'homme en maître absolu de la création.
Mais, sur le fond, le titre est trompeur, de même que la longue présentation des préparatifs (et notamment la confection du poison), puisque finalement il ne s'agit ni plus ni moins que d'installer des pièges et d'achever des bêtes qui ne peuvent pas se défendre en usant de flèches enduites de substances dont on imagine la souffrance inutile qu'elles engendrent lors de l'agonie. De quelle bravoure parle-t-on?
Sur la forme, j'ai trouvé insupportable l'omniprésence du commentaire, souvent proprement paraphrastique ("ils jettent de la terre sur le piège", "ils s'avancent doucement"...), phagocytant les voix des protagonistes (là où des sous-titres auraient été plus respectueux), expliquant parfois le plus aisément compréhensible, empêchant toute interprétation ou simplement toute possibilité de s'étonner et deviner.
03/02/2019 12:59:25
J'ai beaucoup aimé toute la première partie, avec l'observation minutieuse des préparatifs et l'incursion dans un monde fait de croyances et de rites magiques, comme le dit Kaelin on sent vraiment l'intérêt de Rouch pour ce et ceux qu'il filme. Mais quand la "chasse" commence, j'ai trouvé insupportable de montrer sans détour la mise à mort des animaux, même s'il s'agit d'adopter le point de vue des "personnages". C'est marrant qu'on parle du cinéma comme d'un objet moral lorsqu'on aborde des questions "sérieuses" (par exemple tout le débat sur le travelling dans Kapo), mais qu'il y ait moins de voix qui s'élèvent quand on filme la mort cruelle d'animaux. A un moment un(e) cinéaste a une responsabilité dans ce qu'il montre ou pas, alors certes je parle avec 50 ans de recul, mais bon c'est dommage que l'intelligence du film s'effondre dans sa dernière partie.
03/02/2019 14:44:49
Je n'ai pas vu ce film, donc les méthodes et les raisons de la chasse. Mais dans ce type de documentaire, plus encore quand on parle de cinéma ethnographique, l'authenticité prime sur la morale, justement. Alors bien sûr qu'en tant que metteur en scène, il y a une manière de filmer, monter et montrer la mort et la souffrance. Mais là, en plus des 50 ans de recul que tu cites, il faut ajouter l'âge de ces traditions ancestrales. Le cinéma ethnographique a pour objectif de capter et restituer les moeurs de manière objective, sans comparaison ni jugement. Ici on parle de souffrance animale, mais j'ai plein d'exemples en tête de souffrance humaine (scarification pour être beau, amputation en guise de deuil...). Je crois qu'il est capital de savoir enregistrer ces coutumes dans leur entièreté, y compris si elles contiennent, pour nous et aujourd'hui, une part d'injustice, de violence, de perversion... Les meilleurs ethnographes et ethnologues, de toute façon, ont su faire la différence entre faits objectifs, scientifiques et importants, et le voyeurisme insupportable, gratuit et mensonger d'autre courants (coucou les mondos !).

Bon, encore une fois je n'ai pas vu ce film. Mais je pense par exemple au formidable The Hunters (que kaelin a d'ailleurs aussi apprécié). On voit clairement l'animal souffrir, agonir et mourir. Mais non seulement c'est filmé avec, je pense, respect et compassion pour l'animal, mais aussi avec une bonne contextualisation qui permet de comprendre les raisons et les nécessités de cette souffrance. C'est pas exactement comme se féliciter d'un abatage à la chaîne de millions de poulets pour des firmes transnationales. Tout ça pour dire que c'est pas parce qu'on filme un animal être tué qu'il faut absolument glisser au passage que c'est mal.
03/02/2019 15:38:37
Justement, les coutumes sont très bien expliquées et filmées, il y a vraiment du temps de pris de a part de Jean Rouch à ce niveau. Maintenant on parle de deux choses différentes. Evidemment qu'on ne va pas faire l'impasse sur la mort des animaux, sauf qu'il y a une nuance importance entre filmer une mise à mort (et voir l'animal mourir sous nos yeux) et filmer la préparation et le rite qui y mènent. Respecter une culture ne veut pas dire - à mon sens - de légitimer tous les moyens de montrer cette culture. Quand on voit la préparation et la chasse, on sait que les animaux vont mourir, pourquoi ne pas faire confiance à l'intelligence du spectateur, qui ne serait pas troublé par une ellipse ? Le cinéma c'est aussi l'art de montrer ou de ne pas montrer, ne pas montrer n'aurait rien enlevé il me semble à l'authenticité des faits, ça n'aurait pas altéré la culture dont il est question dans le film. Et puis non, le cinéma ethnographique ne cherche pas forcément l'authenticité quand on voit ce que des metteurs en scène comme Flaherty ou Rouch sont prêts à faire pour re-créer plutôt que filmer de manière brute. Il y a comme partout de la triche et de la manipulation pour arriver à une vérité certes, mais dans la mise en place l'authenticité n'est pas tout le temps respectée.

Pour moi on ne peut pas tout montrer, il y a une question éthique. Si quelqu'un filmait une lapidation en prétextant que ça fait partie d'une culture, je trouverais ça aussi dégueulasse car il est question d'humiliation, d'un non-respect. On ne peut pas tout filmer à mon sens. Pour en revenir au Lion à l'arc, si, je trouve ça mal de filmer de la sorte une mort, ou de filmer simplement une mort. C'est un problème de représentation plutôt que de contextualisation.
03/02/2019 16:15:19
leprodiss Connais-tu le court-métrage Faire la mort, de Cavalier ? Je le trouve très beau, et plutôt pertinent sur la question que tu soulèves.
03/02/2019 16:17:14
Ca pose des questions intéressantes. En fait, je pense que cela dépend aussi d'où on place le curseur. Est-ce que l'ethnographie prime ou est-ce que le cinéma prime ?

J'ai toujours du mal à considérer Rouch comme un cinéaste ethnographique, même s'il l'est indéniablement, d'une certaine manière. Je crois que Rouch était avant tout un cinéaste. Il est d'ailleurs loin de n'avoir fait que de l'ethnographie. Rouch utilise en effet beaucoup la mise en scène et ne s'en cache d'ailleurs pas du tout. Je pense que, pour Rouch, l'objectif était le rendu filmique et qu'il y insérait des considérations ethnographiques. Mais il partait bien sa caméra "sous le bras" pour faire des films. D'autres réalisateurs (j'aime beaucoup Robert Gardner et John Marshall, comme j'ai pu le montrer précédemment), étaient plutôt des filmeurs contraints. Ils étaient avant tout des scientifiques, des ethnologues, qui filmaient pour les besoins de leurs études et de leur domaine scientifique. Et ce n'est qu'après leurs études qu'ils se demandaient comment restituer les résultats et les rendre accessibles à travers un film. Mais on pourrait aussi avoir un autre débat pour chercher la limite entre mise en scène et authenticité.

Ton exemple sur la lapidation est tout à fait valable, et rejoint d'ailleurs mon point sur les mondos movies. Mais on peut aussi faire la remarque inverse en notant que, si la représentation n'est en rien nécessaire, une étude objective ne pourra pas occulter ce problème et se doit de le rapporter. Hors-champs, ellipses... chacun utilisera les techniques qui lui semblent appropriées. Non, on ne peut pas tout montrer. Mais la vrai différence reste malgré tout le contexte. Parce qu'entre filmer une lapidation et, par exemple, une chasse nécessaire à la survie d'un groupe, les enjeux sont complètement différents. Tu penses qu'il n'aurait jamais fallu filmer/montrer ce qui c'est passé dans les camps de concentration ? Mais on en arrive là presque à un débat autour de la morale. On peut montrer pour légitimer comme pour dénoncer. Montrer de manière objective, sans jugement, sans indication, est nettement plus difficile. C'est pourtant ce que le cinéma ethnographique devrait faire. On pourrait faire un film "Préparatifs pour la chasse au lion à l'arc", mais ça serait pas un peu comme mater un film Hollywoodien et couper avant le happy end ? Ca me semble encore plus intelligent de filmer cela de manière décente, faire comprendre ce qui va arriver et laisser le choix au spectateur de regarder jusqu'à la fin ou non.

Enfin je vais peut-être commencer par le regarder, peut-être que tout ça est effectivement mal amené/montré et que j'aurai le même sentiment que toi.
03/02/2019 16:19:07
Si on élargit le débat de la représentation à d'autres films je pense direct à Des morts et The Act of Seeing with One's Own Eyes.